Marie Gaille

14385913630_marie-gailleDepuis 1998, la recherche de Marie Gaille porte sur l’histoire et les enjeux conceptuels de la relation entre philosophie et médecine. Elle s’intéresse particulièrement à cette articulation du point de vue politique, éthique et anthropologique. La philosophie de la médecine, vol. I – Frontière, savoir, clinique (Paris, Vrin, 2011) appréhende, à travers la mise en évidence d’une riche tradition textuelle, la relation étroite et multi-facette qu’a noué la philosophie avec la médecine comme savoir et forme de savoir, pratique de soin et pratique sociale. L’ouvrage entend aussi interroger l’histoire d’une relation où la médecine n’a pas toujours été, considérée comme un objet dissocié de la philosophie et où les liens ont perduré au fil du temps entre les deux, même si l’on considère aujourd’hui qu’il s’agit de deux champs bien distincts.
Initialement, cette perspective de recherche a d’abord contribué à l’enquête conceptuelle et historique sur les emprunts de la pensée politique à la théorie médicale, en particulier à la Renaissance. Outre divers articles, elle a publié une monographie, Liberté et conflit civil, la politique machiavélique entre histoire et médecine (Paris, Champion, 2004) et édité les actes d’un colloque Le gouvernement mixte, de l’idéal politique au monstre constitutionnel en Europe (13e-17e siècles), (Presses Universitaires de Saint-Étienne, 2005).
En 2005, l’hypothèse selon laquelle certaines parties du corpus médical sont porteuses d’une conception anthropologique, dont la portée normative est parfois morale et politique a conféré une nouvelle inflexion à son travail. Dans cette perspective, à partir de 2009, elle a participé au projet A.N.R. La refonte de l’homme : découvertes médicales et philosophie de la nature humaine (Pays germaniques, France, Grande-Bretagne, XVIIe et XVIIIe siècle), co-dirigé par S. Buchenau, Cl. Crignon et A.-L. Rey. Elle a également participé au séminaire international franco-italo-allemand, dans le cadre des ateliers de la villa Vigoni, coordonné par Cl. Crignon pour la partie française.
Par la suite, elle a proposé une édition de textes de P.-J. G. Cabanis, Cabanis – Anthropologie et pensée politique (Paris, éditions du CNRS, 2014).
Actuellement, Marie Gaille développe une réflexion sur la relation homme-milieu ou environnement, et la manière dont l’intégration de celle-ci à la réflexion sur les idées de santé et de maladie en renouvelle la signification. En 2013, elle a supervisé un programme de recherche PEPS du CNRS sur la question de la solidarité face au risque environnemental, combinant des approches philosophiques, géographiques, médicales et écologiques, puis en 2014 un second programme PEPS sur la mesure, la causalité et l’alerte dans l’évaluation de la qualité de vie dans un environnement à risque.

Par ailleurs, Marie Gaille consacre une partie de sa recherche aux pratiques et à la décision médicales contemporaines, aux choix personnels et collectifs en matière de santé et aux conceptions de la recherche biomédicale ou du soin, à leur signification politique. Trois objets ont retenu plus particulièrement son attention :
celui de la propriété du corps, à propos duquel elle a co-écrit avec Cl. Crignon À qui appartient le corps humain ? Politique, médecine et droit (Paris, les Belles lettres, 2004),
celui des usages de l’idée de valeur de la vie dans les décisions de maintien ou d’interruption de la vie. Elle a publié à ce sujet une monographie, La valeur de la vie (Paris, les Belles Lettres, 2010).
celui du désir d’enfant et des décisions procréatives. Conçu au départ comme un prolongement de l’enquête sur l’idée de valeur de la vie, dans le contexte du diagnostic prénatal, cette recherche s’est élargie pour interroger le sens de ce désir, au croisement des trajectoires de vie individuelles et des politiques de procréation. Elle a abouti à un ouvrage : Le désir d’enfant, histoire intime et enjeu politique (Paris, PUF, 2011). Entre 2011 et 2014, elle a ensuite coordonné avec V. Fournier (Directrice du centre d’éthique clinique ; Hôpital Cochin) et G. Viot (généticienne, Maternité de Port-Royal) une enquête d’éthique clinique sur les raisons d’agir dans le cadre d’une interruption médicale de grossesse : Interruption médicale de grossesse et diagnostic orientant vers une maladie génétique. A l’Université Paris Diderot, entre 2014 et 2016, elle coordonne une action structurante PLURIGENRE, Différences sexuelles, normes et pratiques médicales avec V. Bourseul. Cette collaboration repose sur un dialogue pluridisciplinaire entre philosophie et psychanalyse et porte en partie sur l’assistance médicale à la procréation.
Actuellement, pour SPHERE, elle coordonne du point de vue scientifique le projet ANR Normastim porté par S. Desmoulins-Canselier. Elle y inscrit la poursuite de sa recherche sur les enjeux conceptuels et normatifs de la relation entre philosophie et médecine, en particulier au sujet de l’expérience de la maladie chronique et de sa prise en charge médicale de long terme. Cet aspect-ci de sa recherche s’inscrit dans son travail sur la notion d’accompagnement comme norme de la relation de soin.

Du point de vue méthodologique, la question de l’interdisciplinarité est constitutive de sa recherche. Elle a, dans cette perspective, coordonné avec Cl. Crignon un travail collectif autour de la relation médecin-patient. Un colloque organisé en 2010 a été suivi de l’élaboration d’un recueil : Qu’est-ce qu’un bon patient ? Qu’est-ce qu’un bon médecin ? (Paris, éditions Séli Arslan, 2010). Elle développe une réflexion sur une philosophie sinon de “terrain”, du moins ancrée dans une connaissance aussi fine/dense que possible des enjeux effectifs des décisions médicales. Cela l’a conduite à s’intéresser à la controverse qui oppose « casuistes » et « principistes » à propos de la décision en éthique médicale, puis aux enjeux épistémologiques et moraux de “l’application” des normes, et à la relation entre réflexion éthique et vie ordinaire. Enfin, elle situe son travail philosophique sur la médecine par rapport à celui des sciences sociales, de la psychologie clinique et de la psychanalyse.

Enfin, Marie Gaille poursuit une interrogation en philosophie politique centrée sur les thèmes du droit de cité, de l’étranger et de l’expérience de l’exil. Ce thème est présent dans ces travaux sur la philosophie politique renaissante, à travers l’analyse du conflit civil chez Machiavel et dans divers articles au sujet du conflit civil, de l’hospitalité ou de la figure de l’étranger. Outre le choix de textes sur Le citoyen (Paris, GF Flammarion, 1998), elle a proposé la traduction de Nous, sans patrie d’Ursula Hisrchmann (Paris, Les Belles Lettres, 2009) et écrit Vivre avec l’étranger, pour la collection Chouette Penser (Paris, Gallimard, 2010).

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