HÔPITAL SAINT-ANTOINE (AP-HP)

LA CHAIRE «HUMANITÉS ET SANTÉ» À L’HÔPITAL SAINT-ANTOINE

Spécificités et finalité de la Chaire «Humanités et Santé» à l’hôpital Saint-Antoine

La mise en oeuvre du soin, à l’égal de toute autre praxis se fonde sur une doxa et une série de procédures permettant son accomplissement. La construction organisationnelle et économique du système sanitaire a progressivement laissé croire qu’elle pouvait à elle-seule résumer le champ sanitaire.

Un modèle est né au sein duquel une dé-naturalisation de la santé et de la maladie a progressivement vu le jour, puisant sa source en dehors même des lieux de soin ou du savoir médical, scientifique et humain. Santé et maladies sont progressivement devenues des variables économiques, sociologiques, épidémiologiques, étudiées et manipulées comme telles, détachées de leur nature médicale et soignante intrinsèque.

L’organisation du soin, notamment celui délivré à l’hôpital a été progressivement dessaisie de ses racines soignantes dans une finalité présupposément économique et de viabilité.

Ce modèle procédural a pensé pouvoir faire l’économie de ce qui le fonde, à savoir l’intégration des connaissances médicales et les conditions de leur mise en oeuvre auprès des patients. Les travaux publiés en 2016 et 2018 dans les revues médicales les plus prestigieuses comme le JAMA (1) et le Lancet (2) montrent que ce modèle essentiellement organisationnel est lui-même en danger tant par le nombre élevé d’épuisement et de désertion de ses acteurs qu’il génère que par le surcoût économique majeur auquel il conduit comme l’a démontré en 2017 l’American College of Physicians (3).

Il n’est bien entendu pas question d’envisager un système de santé sans organisation. Néanmoins, cette organisation ne peut se penser isolément, sans intégrer la rapide évolution des savoirs tant scientifiques, sociologiques qu’éthiques. Les contraintes spécifiques liées à l’exercice médical et à la maladie ne peuvent aussi être ignorées.

S’inscrivant dans un mouvement contemporain dynamique en grande partie né Outre-Atlantique et centré sur « Putting the Patient First », la Chaire «Humanités et Santé» de l’hôpital Saint-Antoine se propose d’apporter sa réflexion au sein même d’un lieu où le soin se pratique au quotidien et avec l’ensemble de ses acteurs au sens large.

Bureau de la “Chaire Humanités et Santé” à Saint Antoine

  • Alain SAUTET, Professeur en chirurgie orthopédique, Hôpital Saint-Antoine, Paris
  • Cynthia FLEURY, Professeur titulaire de la Chaire «Humanités et Santé»
  • Philippe NUSS, psychiatre, Hôpital Saint-Antoine, Paris
  • Marie VIDAILHET, Professeur de neurologie, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris
  • Emmanuel GROSS, enseignant en philosophie
  • Jean-Victor BLANC, psychiatre, Hôpital Saint-Antoine, Paris

Étonnement et liberté comme thématique de réflexion

Une interrogation sur la dynamique Doxa/Praxis dans la mise en oeuvre du soin sera au coeur de notre réflexion. Le fondement à la fois humain et scientifique du soin trouvera son expression autour des notions d’étonnement et de liberté. Etonnement suscité chez le chirurgien ou l’interniste face à une situation clinique ou devant un patient qui ébranle et stimule une inévitablement rigide Doxa. Étonnement aussi devant l’efficience produite par la qualité de la rencontre soignante sous l’effet de la sollicitude. Etonnement enfin devant la puissance organisationnelle des constructions narratives des soignants et des patients à propos de la maladie et des traitements. La notion de liberté, qui n’est en réalité rien d’autre que la face agie de la capacité d’étonnement, complètera notre réflexion : liberté de la différence, mais aussi déstigmatisation de la différence, notamment en termes de maladie mentale.

On note aussi une dégradation de la liberté par la pathologie ou des affects comme l’angoisse dont l’envahissement vient obérer le libre-arbitre.

Des interventions mensuelles seront proposées à l’hôpital Saint-Antoine à partir de février 2019 :

  1. Éthique de la sollicitude : vertu thérapeutique de l’attention dans le soin. M. Emmanuel GROSS, enseignant en philosophie
  2. La main et le pied en chirurgie : quels enjeux chez le chirurgien en termes d’identité et de liberté. Pr Alain SAUTET, chirurgien et Pr Alain MASQUELET, chirurgien
  3. Discrimination et maladie mentale : la « Pop-culture » comme vecteur de déstigmatisation. Dr Jean-Victor BLANC, psychiatre
  4. Identité narrative du sujet et travail psychique du patient : indépendance et interdépendance MmeAngélique BOYLAN, enseignante en philosophie et Dr Philippe NUSS, psychiatre
  5. Radicalité et émotions. M. Thomas BOUVATIER, écrivain et psychanalyste
  6. L’interprétation subjective du sujet sur sa souffrance : un vecteur pour son autonomie ? M. Emmanuel GROSS, enseignant en philosophie et Dr Philippe NUSS, psychiatre

Séminaire « Pop Culture et Psychiatrie » par Dr Jean-Victor Blanc

La stigmatisation entourant les troubles psychiques, leurs traitements, et ceux qui les soignent, est un des freins majeurs à l’accès aux soins. Y être confronté en pratique clinique au quotidien, mais aussi en dehors, amène à s’interroger à un « pourquoi », mais aussi à des « comment ». Comment changer cela ? Comment faire autrement ? Comment créer un climat propice à ce que l’individu, son entourage, et les soignants puissent s’émanciper de ses représentations aliénantes ?

L’objet de ce séminaire est d’offrir, au sein de l’Hôpital Saint Antoine, une grille de lecture des troubles psychiques, en utilisant la culture pop. Ce puissant vecteur, permet d’aborder la psychiatrie de manière ludique et audacieuse, notamment pour la génération Millenials. L’image de Britney Spears, ex-princesse de la pop, se rasant le crâne, le regard hagard, devant une horde de paparazzi est un des visages de la « folie » ayant durablement marqué les représentations collectives de troubles psychiques. De la « fatigue d’être sexy » déclarée en interview par Beyoncé à la « fatigue d’être soi » d’Ehrenberg, des ponts peuvent se faire entre savoirs du spécialiste médical et culture pop.

De même des références cinématographiques, 43 ans après Vol au-dessus d’un nid de coucou au traitements antidépresseurs d’Effet Secondaires, en passant par les addictions de Requiem for a Dream seront autant d‘exemples – ou contre exemples – afin de raconter les troubles psychiques.

Proposition pour 2019-2020 :

  • La transition psychotique : à propos de Black Swan (F Rivollier (psychiatre) / JV Blanc)
  • La figure du « psy » dans les films et séries (Camille Voisin (psychologue clinicienne) / Emilie Semiramoth (journaliste critique de série)
  • Réflexion sur le transhumanisme : à propos de Westworld (Cynthia Fleury)
  • Genre et psychiatrie : de la lobotomie à Edouard Louis (JV Blanc)
  • La psychiatrie française en série : a new day has come ? (Emilie Noblet, réalisatrice /scénariste de HP / série sur ado)
  • La génération MTV (Metamphetamine Truvada Viagra) : conduites addictives et Chemsex (N. Delimbeuf / JV Blanc)
  • Interdit au + 18 ans : la pédopsychiatrie à l’écran (TBD)
  • L’espace de soins en psychiatrie et références carcérales: d’Alcatraz à Shutter Island en passant par Ville Evrard (Océance Ragoucy (SPEAP)
  • L’intersectionnalité en santé mentale : Janet Jackson et cas cliniques (JV blanc)