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Au CH George Sand, l’art est abordé comme une expérience humaine fondamentale davantage que comme « simple » objet culturel, et sous le prisme du processus créatif plutôt que sous celui des productions matérielles. C’est bien la « pratique » artistique qui permet à l’être humain, individuellement et collectivement, d’interroger ses différentes modalités d’être au monde. Dans cette perspective, l’art peut être pensé comme une forme d’humanisme, voire comme une alternative existentielle face aux formes contemporaines de violence, de normativité et de réification en proposant d’autres régimes d’existence et d’autres manières de faire. En ouvrant à l’être humain un champ des possibles, l’art permet un espace où l’imagination et la pratique nous permettent de nous déprendre de nos assignations, de nos destins tragiques. C’est une pratique qui invite à l’observation du réel et à sa transfiguration sous des formes nouvelles, inédites, émancipatrices. C’est également une pratique de la reprise qui crée du lien entre les époques, entre les cultures, entre différentes manières de voir et d’habiter le monde.
L’art permet par ailleurs une expression de soi, là où la communication et la transmission par le langage formel sont bloquées ou impuissantes. Lorsque la parole est entravée, le recours à un médium artistique peut ouvrir un accès précieux à l’expérience du patient permettant à la subjectivité de se dire autrement lorsque les mots en disent parfois trop ou trop peu. Cette articulation entre art et langage est fondamentale : elle permet à l’expérience individuelle de devenir partageable, sans être normalisée, et à la transmission de rester vivante.
L’art est bien évidemment aussi question de pratiques. Le processus de création passe en effet par différentes phases qui inaugurent le passage de l’idée théorique à un objet tangible et réel par la production. Lors de la journée, les psychiatres ont souligné que la mobilisation de l’art dans une visée thérapeutique a pour vecteur la « pratique ». Cependant, le risque est grand de surinterpréter la création comme symptôme, au détriment de sa dimension expressive. La question, souvent posée, de savoir s’il faut une fragilité particulière pour créer, appelle ici une réponse plus nuancée. Il ne s’agit pas d’esthétiser la souffrance ni de la poser comme condition de la création, mais de reconnaître que la vulnérabilité peut trouver, dans l’acte créateur, une forme de transformation et de mise en sens, c’est-à-dire de sublimation.
Enfin, l’art, à travers sa transmission, permet tout à la fois de favoriser le lien social, et de créer du « sens ». Les musiciens du Paris Mozart Orchestra ont insisté sur cette importance de l’éducation et de la transmission. Apprendre à vivre, a-t-il été rappelé, suppose une inventivité constante. L’éducation artistique joue ici un rôle décisif : elle ne vise pas seulement l’acquisition de compétences techniques, mais l’apprentissage d’une relation au monde fondée sur l’écoute des autres et de soi-même, sur l’attention et la créativité.
L’engagement de musiciens, d’artistes et de créateurs d’une exigence extrême auprès de publics divers témoigne d’une forme de solidarité active. Cette transmission ne repose pas sur un modèle descendant, mais sur une mise en commun des sensibilités, où chacun – transmetteur comme récepteur – se trouve transformé. |