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Contexte

La Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences

Ouverte en 2016, implantée au GHU Paris-psychiatrie et neurosciences et dirigée par Cynthia Fleury, la Chaire de Philosophie à l’Hôpital propose de réinventer une fonction soignante en partage entre le médecin et son patient, entre l’hôpital et le reste de la société, en particulier l’école et l’université.
En introduisant les Humanités – la philosophie, les sciences humaines, les arts – au cœur de toute structure de soin grâce à l’enseignement, la critique, la recherche et le partage d’expérience, la Chaire de Philosophie à l’Hôpital veut enrichir le soin et faire communiquer les sphères de connaissance comme celles et ceux qui les mettent en pratique ou en bénéficient, par le biais de séminaires et d’expérimentations innovantes dans les lieux de soin.

Les Sismo, designers

Fondé il y a 21 ans les Sismo est un studio de design indépendant, reconnu pour ses démarches stratégiques d’accompagnement à l’innovation, pour des organisations publiques et privées. Souvent primé pour ses créations iconiques, ses outils méthodologiques et ses expositions grand public le studio à su progressivement faire du « design with care » le point de convergence de ses différentes expertises : produit, espace, digital, services.. Nous sommes une équipe d’une vingtaine de doubles profils designers et… ingénieur, ethnologue, architecte, bricoleur, économiste, entrepreneur, jardinier, etc. et occupons deux lieux : un studio au plein cœur de Paris, dans le marais et une commanderie hospitalière en Creuse.

Objectifs de la thèse

Si l’Occident s’est construit autour d’une rupture ontologique et épistémologique avec la nature, ce « grand partage » (Latour, 1991), prolongé par l’élan des Lumières puis par le développement des sciences humaines et sociales, n’a rien d’universel. Un temps fécond, ayant historiquement favorisé la naissance de l’Etat de droit autant que des progrès considérables sur les plans sanitaire (allongement de l’espérance de vie, etc.) et matériel (large accès à des biens de première nécessité), ce dualisme n’en apparaît pas moins dépassé. Des travaux en éthologie comme sur l’anthropocène nous montrent combien les frontières entre le naturel et le social sont bien plus poreuses qu’initialement conceptualisées, tandis que ce cloisonnement des connaissances s’avère peu à même de saisir la pluralité des interdépendances qui caractérisent le monde contemporain.

Le monde du soin a historiquement catalysé bon nombre d’enjeux autour de cette césure, ainsi qu’en témoigne la place de la nature dans les lieux de soin. Présents dès l’Empire perse, le développement des jardins dans les lieux de soin a tour à tour eu des fonctions politico-économiques – production de ressources par les personnes accueillies – puis thérapeutiques, tout particulièrement en psychiatrie. Après un net recul au cours du XXème siècle, les dernières décennies voient un nouvel avènement du jardin à visée thérapeutique. La prolifération d’initiatives répond autant aux interactions de plus en plus reconnues entre santé et environnement, dans une logique de prévention et d’éducation à la santé, qu’à une volonté de tisser du lien entre ville et hôpital. D’un paradigme essentiellement fonctionnaliste voire hygiéniste, les jardins évoluent progressivement vers une logique de co-construction et cohabitation par l’ensemble des acteurs du soin. Ce nouveau paradigme bouscule une organisation du soin encore trop focalisée sur un modèle curatif du biologique source de désindividuation.

Plus largement, dans un prisme de santé globale, les bienfaits de la nature dans le soin sont de plus en plus établis dans la littérature scientifique : réduction du stress et de l’anxiété, diminution de l’obésité, prévention des troubles de l’attention et des troubles démentiels, etc. Ces bénéfices ne sont pas qu’individuels, puisqu’ils participent également à l’amélioration de la qualité de vie au travail des équipes soignantes, au bien-être des proches, et ont ce sens des résonances systémiques. De fait, les thérapies recourant à la nature (nature assisted therapy) apparaissent aujourd’hui complémentaires aux thérapies conventionnelles, notamment dans le cas de pathologies chroniques et psychiatries, où c’est parfois moins la guérison qu’une amélioration de la résilience du patient qui est recherchée.

Cette résilience se trouve favorisée par un rapport apaisé à l’environnement social comme naturel, que les médiations végétales participent à renforcer. Divers dispositifs menés auprès de personnes âgées avec troubles neurodégénératifs (type Alzheimer), d’enfants autistes et de personnes atteintes de troubles mentaux chroniques ont montré combien les espaces naturels pouvaient s’apparenter à un cadre sécurisant voire contenant, propre à favoriser des comportements adaptatifs, une coopération avec autrui autant que la construction d’une cohérence identitaire. Souvent évaluées par des dispositifs standardisés (essais cliniques randomisés), les médiations végétales et leurs interactions avec le soin et l’élaboration d’une résilience individuelle comme collective n’ont été que peu approchées à travers des méthodologies qualitatives ethnographiques.

Aux croisées des sciences de la nature et des sciences humaines et sociales, cette thèse CIFRE a vocation à prolonger ces réflexions, en interrogeant les leviers capacitaires qui peuvent être activés dans des lieux d’hyper-vulnérabilité (combinant des vulnérabilités environnementales, socio-économiques, démocratiques, etc.), en ayant recours à la nature comme ressource première et à sa fonction soignante, entendue dans une perspective holistique (soin des individus, du collectif et du système, dans ses dimensions physiques, sociales, psychiques, existentielles, etc.). Dans ce cadre, c’est bien l’interstice entre nature, territoire et soin qui sera explorée : en quoi le soin se fait-il jour cette intermédiation des milieux naturels aussi diverse soit-elle ? En quoi le soin prolonge-t-il autant qu’il bouscule l’imagerie, l’image et l’imaginaire au cœur de l’identité territoriale (Amirou, 1995) ? Quels affects produit l’attachement au territoire, et en quoi peuvent-ils se révéler soignants ?

La thèse interrogera également la façon dont diverses techniques et sciences – design, architecture, paysagisme, etc., qui ont historiquement eu à prendre en compte la fragilité chronique des environnements (individuels, sociaux, politiques, naturels), peuvent enrichir et renouveler les dimensions autant que les modalités de soin au sein de ces interstices naturels. Quelles modes de représentation, de cartographies et de conception (services, paysages, architectures, instances, etc.) sont alors à l’œuvre ? Quel rôle pour le designer dans ce cadre ?

La thèse s’appuiera pour ce faire sur un corpus varié : biophilie, géographies de la santé, salutogénèse et approche écologique, psychologie environnementale, philosophie de l’environnement, anthropologie des affects, écolinguistique, etc.

Cette thèse reposera sur une méthodologie ethnographique d’immersion au long cours, au sein de trois terrains :

  • La Commanderie hospitalière de Lavaufranche, ensemble religieux et militaire du XIIème siècle au cœur du département de la Creuse. Cet édifice hybride, en pleine restauration sous l’impulsion du collectif de designers Les Sismo, a notamment vocation à accueillir divers festivals artistiques et des résidences universitaires. C’est aussi le lieu d’une expérience de création d’une forêt comestible.
  • L’Etablissement Public de Santé Mentale Départemental de l’Aisne, qui prend en charge les adultes et les enfants avec une couverture de la quasi-totalité des secteurs de psychiatrie du département. Cet hôpital se niche cœur de la forêt de Saint Gobain sur le site de l’ancienne Abbaye des Prémontrés.
  • Un troisième terrain qui reste à déterminer, en fonction de la précision de la problématique choisie (friche urbaine, jardin ouvrier, entreprise, etc.).

La problématique autant que le cadre disciplinaire de rattachement seront l’objet d’échanges en fonction du profil et des intérêts du doctorant et des différents partenaires.

Profil recherché

  • Niveau M2 (avec mémoire de recherche)
  • Aux croisées des sciences de la nature (écologie, botanique, biologie, etc.) et des sciences humaines et sociales (philosophie, anthropologie, éthique, histoire, etc.)
  • Connaissances préalables sur le sujet ou fort intérêt pour celui-ci, notamment pour les questions de santé psychique et mentale
  • Capacité à transmettre et échanger avec des équipes pluridisciplinaires
  • Excellentes qualités rédactionnelles
  • Esprit de synthèse, grande autonomie, rigueur

Localisation principale : Chaire Humanités & Santé, Conservatoire National des Arts et Métiers
Ecole doctorale de rattachement : École doctorale Abbé-Grégoire (ED 546), Conservatoire National des Arts et Métiers
Unité d’accueil : Laboratoire Formation et apprentissages professionnels (FOAP), EA 7529, CNAM
Direction de thèse : Pr Cynthia Fleury (CNAM) et Emanuele Coccia (EHESS)
Responsable scientifique dans l’entreprise : Antoine Fenoglio, designer, co-fondateur et président des Sismo

Conditions

Doctorant, contrat 36 mois, début dernier trimestre 2021 (inscriptions doctorales avant le 1er novembre)

Pour candidater merci d’envoyer CV + lettre de motivation à nicolas.ehw@chaire-philo.fr
Date limite de candidature : 27 août 2021 (entretiens en visio-conférence la semaine du 30 août)