La quatrième année du séminaire « Décoloniser l’inconscient », intitulée « Noirceur et Opacité », s’articule autour d’une tension conceptuelle révélée au cours de la 2e année, qui portait sur l’œuvre d’Édouard Glissant et celles de Deleuze et Guattari. L’étude de ces œuvres, et plus précisément la critique qu’elles permettent des notions d’identité et d’enracinement, nous avait conduits à méditer, dans le même mouvement, sur le « trou dans le symbolique » que Lacan désigne par le terme de réel, et qui peut tantôt marquer la place d’un manque (d’où surgissent un ordre, une identité ou une ontologie), tantôt celle d’un vide illimité (d’où émerge une « ab-sens », un infigurable, un impossible). Nous avions également exploré le « gouffre de l’esclave », son abysse — ce vide qui se tient au cœur de la mémoire des peuples afro-descendants — et sa persistance douloureuse dans un monde post-colonial. Ce vide, ce gouffre, constitue le point autour duquel gravite, et parfois sombre, la notion de noirceur, qui, selon les contextes, vient tantôt boucher ce trou sous la forme du concept de race, tantôt en figurer l’« ab-sens », par une opacité queer ou un droit à la différance (à écrire avec un “a”, en référence à Derrida).
Il s’agira donc, au cours de cette nouvelle année de séminaire, d’interroger cette tension en donnant la parole à des psychanalystes, des penseurs critiques et des philosophes, et d’avancer avec eux dans cette réflexion, tout en gardant à l’esprit que cette question ne saurait recevoir une réponse univoque ou définitive sans se contredire elle-même, et, par là même, se refermer en tant que question.
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