Séminaire : Décoloniser l’inconscient

Frédéric Baitinger, Ph.D.
baitingerfc@gmail.com

Biographie
Qualifié au titre de maître de conférence dans la section 17 (philosophie) du CNU en 2020, Frédéric Baitinger est l’auteur d’une thèse intitulée The Subject of Jouissance: The Late Lacan and Gender and Queer Theories [Le sujet de la jouissance : le dernier Lacan et les études du genre et queer] soutenue en 2019 à l’Université publique de New York (The Graduate Center, CUNY), thèse dans laquelle il explore les implications critiques du dernier enseignement de Jacques Lacan, tant quant au dépassement des limites oedipiennes en psychanalyse que du renouveau qu’il apporte dans le champ des études queer et féministes du point de vue de l’identité. Il a publié de nombreux articles dans diverses revues de psychanalyse (The Lacanian Review, Lacanian Ink, Lacanian Review Online) et de philosophie (Humoresques, Les cahiers Leon Chestov, etc.) ainsi que plusieurs chapitres d’ouvrages collectifs dans The Lacanian Series des éditions Palgrave Mcmillan. Il est également membre de l’association Médecine et psychanalyse dans la cité et analyste en formation au département de psychanalyse de l’université Paris 8, à la section clinique Paris-Ile-de-France d’UFORCA et au Centre de Soins, d’accompagnement et de prévention en adictologie (CSAPA MELTEM) de l’UDSM. Profile Academia : https://univ-paris8.academia.edu/FredBaitinger

Description du séminaire
“Décoloniser l’inconscient”, qu’est-ce à dire ? L’expression est à entendre en un double sens. Elle résonne, d’abord, comme une invitation à repenser la psychanalyse au-delà des catégories anthropologiques, épistémologiques et politiques qui l’ont vu naître (le complexe d’Oedipe, l’hétéro-normativité, le Phallus, le Nom du Père, la différence sexuelle, etc.), ne correspondant plus de manière homogène aux types de liens sociaux et sexuels qui font notre contemporanéité. Mais elle se doit aussi d’être entendue comme une injonction à décoloniser l’inconscient lui-même, c’est-à-dire à libérer la psychanalyse de la domination qu’exercent sur elle certain discours critiques qui, au nom de leur engagement politique et éthique, tendent parfois à gommer ce qui en fait pourtant le coeur subversif, à savoir l’inconscient et sa dynamique pulsionnelle.

Suivant cette double tension, ce séminaire se propose d’analyser les accusations que les études du genre, queer et post-coloniales portent à l’encontre de la psychanalyse et d’en interroger la pertinence, notamment au regard de l’accueil que certains psychanalystes (et non “La” psychanalyse en général) leur réservent ; si certains démontrent à raison une certaine perméabilité envers ces critiques ainsi qu’un désir d’en intégrer les principes à leur clinique, nous en interrogerons néanmoins les limites quant à la perspective proprement politique et identitaire dont ces études se réclament dans le cadre de la prise en charge des souffrances subjectives, semblant ignorer là le réel singulier propre à tout sujet, la contingence des dynamiques pulsionnelles inconscientes qui les fondent.

Pour ce faire, ce séminaire débutera en opérant une distinction entre deux versants de la psychanalyse. Une première, fondée sur l’inséparabilité des normes oedipiennes et patriarcales avec l’hypothèse freudienne de l’inconscient, et qui verrait dans les études du genre, queer et post-coloniales l’expression d’une idéologie politique faisant la négation de l’inconscient et oeuvrant dangereusement à défaire les valeurs universalistes au nom d’une conception de l’identité à tendance quasi populiste ; une seconde, au contraire, tendant à une déconstruction des modèles de genres et à une politisation de la praxis analytique. S’efforçant de se tenir au-delà des normes oedipiennes, son ambition thérapeutique rejoindrait les visées éthiques des études du genre, queer et post-coloniales pour autant qu’en faisant une place aux minorités en tous genre, elle mettrait au coeur de sa définition du soin et de l’inconscient la singularité des modes de jouir et d’aimer de chacun.e.s.

Enfin, prenant appui sur cette opposition résumant là deux tendances contemporaines qui font l’actualité de la discipline analytique, ce séminaire s’efforcera de montrer qu’une psychanalyse au-delà de l’Oedipe est non seulement possible et nécessaire, mais qu’elle préexiste déjà d’un point de vue théorique dans l’enseignement du dernier Lacan. Ce dernier propose en effet une clinique de la jouissance non oedipienne, ouverte à l’écoute des souffrances toujours marginales et singulières de ses analysant.e.s. et qu’il semble plus que jamais nécessaire de réinvestir.

Ce séminaire, lancé au mois de mai, continuera à la rentrée de septembre 2021.