Astrid Chevance – Des territoires oubliés de la psychiatrie : le cerveau à quel(s) dépens?

Astrid Chevance – Des territoires oubliés de la psychiatrie : le cerveau à quel(s) dépens?

On peut envisager la psychiatrie comme trois formes d’activité : une activité scientifique, une activité de soin et une activité politique (au sens d’organisation du social). Utilisant des lectures historiques, sociologiques et épistémologiques, nous explorerons les territoires oubliés de la psychiatrie que l’on pourrait réduire trop vite à une science du cerveau.

Si la psychiatrie est une science, quel est son objet, quelles sont ces problématiques et quelles sont ces méthodes ? La focalisation de la psychiatrie comme science sur le cerveau est récente et sa généalogie demande à être reconstituée pour comprendre quels autres territoires scientifiques ont pu être laissés de côté et pourquoi.

Si la psychiatrie est une activité de soin, peut on parler d’une spécificité de la psychiatrie au sein de la médecine ? Le psychiatre soigne-t-il seulement un cerveau ? Les symptômes psychiatriques sont essentiellement des types de discours, de manifestations émotionnelles et de comportement. En cela ils sont d’abord lus comme des déviances sociales. Mais pour autant, ces symptômes sont-ils réellement des déviances sociales ? En reprenant les réflexions d’Erving Goffman, on montre que les personnes atteintes de troubles psychiques, ne se jouent pas des normes sociales. Partant de cette constatation, cela explique les potentiels « ravages » que peuvent provoquer ces troubles à la fois chez les personnes qui en souffrent mais aussi dans leurs différents groupes sociaux.

Si la psychiatrie est une forme d’organisation du social, il faut se pencher sur l’organisation de la profession en elle-même mais surtout sur le type de place qui est réservée aux personnes psychiatrisées.  Penser une forme d’organisation des personnes psychiatrisées par elle-même, sur le modèle par exemple de ce qui avait été fait pour le SIDA dans les années 1980-90 ne se fait pas sans difficultés, notamment parce que ces troubles touchent à l’identité, au langage, aux  facultés d’interactions sociales, mettant ainsi en difficulté la capacité de constituer un groupe actif socialement.