Une clinique philosophique du burn-out des soignants

Dispositif de philosophie pratique / atelier d’écriture / recueil de textes.
Syllabus
Valérie Gateau

Ces dernières années, le burn-out est en constante augmentation dans les métiers soignants. Il a des conséquences sur la santé mentale et physique des personnes qu’il affecte (il peut conduire à la dépression voire au suicide). Il a aussi des conséquences pour la santé des patients (manque d’empathie, cynisme, risque d’erreur). La souffrance au travail a longtemps été tue – parce que considérée comme le fait d’une faiblesse personnelle – alors que de nombreuses recherches ont montré la part des organisations du travail dans cette souffrance.
Avec la crise de la Covid-19, la part des facteurs organisationnels dans la souffrance des soignants est devenue manifeste. Un soin soumis au codage informatique, à la performance et à des protocoles rigides peut miner la vocation des soignants, leurs valeurs, leur engagement.
Il déstructure le temps du soin (qui est imposé par une logique extérieure aux besoins des patients et soignants). Il abîme le collectif (les temps de partages informels y sont du « temps perdu ») et peut conduire au burn-out des soignants, et au soin « dégradé » des patients.
Pendant la crise, les soignants ont montré la force de leur engagement et de leur responsabilité. Ils n’ont pas hésité à dire combien les organisations du soin (manque de moyens, de personnel, gestion des « flux », statuts précaires) contribuent à leur souffrance.
Leur parole doit être entendue, et la souffrance des soignants doit être pensée en lien avec les organisations de leur travail, pour élaborer un soin juste et bienveillant pour les patients comme pour les soignants.
C’est le but de ce dispositif de clinique philosophique du burn-out que de penser ces questions, au fil d’un séminaire qui articule pour chaque séance, un temps d’exposé et un temps d’écriture.

Ce dispositif vise à produire des connaissances avec les soignants, à partir de leur vécu. Il propose de renouer avec la pratique de la narration partagée, pour penser à nouveaux frais le sens du soin, sa temporalité, ainsi que les conditions de la reconnaissance des métiers et institutions de soins. Il aboutit à l’édition d’un recueil des textes produits et choisis par les participants.

Les séances ont lieu à St Anne, les vendredis midi (13h-14h30). Elles sont animées par Valérie Gateau.

Programme et éléments notionnels

20 Novembre : Introduction : Médecine et récit, une longue tradition.
Penser la centralité du récit en médecine : écouter le patient ; transmettre les éléments cliniques ; présenter un cas, etc. c’est écouter ou faire récit. Retrouver, entre soignants, le temps du récit, du partage des situations vécues. Renouer avec la longue tradition du récit en médecine.

11 Décembre : « burn-out et éthique narrative ».
L’éthique narrative et les conceptions de l’identité personnelle (Paul Ricoeur).
Renouer avec la dimension thérapeutique de la philosophie, mettre en récit de la souffrance, une possibilité de rétablissement de l’identité personnelle.

22 Janvier : Travail du care, bientraitance et maltraitance.
Comprendre les spécificités du travail soignants et ses liens avec la vulnérabilité humaine, apports de la psychodynamique du travail et des éthiques du care (Fagot-Largeault, Dejours, Tronto)

12 Février : Reconnaissance et dénis de reconnaissance. (L’expérience de l’injustice)
Le manque de moyens et de personnel, la gestion des « flux », les statuts précaires, l’épuisement, le soin « dégradé », tout ceci peut s’analyser comme des dénis de reconnaissance (Axel Honneth / Emmanuel Renault). Analyser les conditions qui contribuent à fragiliser l’institution et ceux qui y travaillent. Reposer la question des institutions « comme des lieux de reconnaissance ».

19 mars : Les organisations du travail et le travail « empêché ».
Comprendre les évolutions des organisations de travail et leurs conséquences sur la santé physique et psychique des personnes, apports de la sociologie (Richard Sennett) et de la clinique de l’activité (Yves Clot).

16 Avril : Souffrance éthique et imagination morale.
Une souffrance éthique avant d’être psychologique, analyser la part des dilemmes éthiques et de la souffrance morale dans le burn-out (Molinier, Hurst). Les apports de la fiction et de l’imagination morale pour éclairer et comprendre différemment les situations vécues
(Tappolet).

21 mai : La souffrance et son expression : Récit de soi et récit collectif.
Souffrir seul, partager ou transformer la souffrance ? Inscrire le récit de chacun dans un récit partagé, créer lien inter-narratif, les vertus du récit collectif (Ricoeur, McIntyre).

25 Juin : Le temps du soin.
Comprendre et analyser comment les nouvelles organisations du travail « brisent » le temps du soin et le « scandent » de l’extérieur, repenser le temps du soin (Sennett / Foucault).

9 Juillet : Retour sur expérience, choix des textes.
Analyse des apports et limites du dispositif, propositions des participants, préparation du recueil de texte.