Bateson, Watzlawick, retour sur Palo Alto 2ème partie

Bateson, Watzlawick, retour sur Palo Alto 2ème partie

Nous avons vu dans la première partie quelle était la conception de la causalité pour les théoriciens de Palo Alto : non pas linéaire mais circulaire, systémique. Dans leur vision, le monde est un ensemble intégré d’informations et de relations, les dernières portant les premières. Donc, par exemple, l’identité est le fruit de la manière dont les relations s’effectuent, tout comme les « problèmes » – boucles d’interactions bloquantes. On comprend ainsi pourquoi Watzlawick veut expliquer les maladies mentales en s’extirpant d’une approche pathologique pour les voir comme des difficultés d’adaptation à un milieu, une réponse à un contexte.

En concordance avec cette approche globale se trouve la notion de Bateson « d’écologie de l’esprit », il la compare avec un mandala. Par « esprit », il désigne en quelque sorte les interactions entre les idées, de l’apparition à la disparition – il a pour objectif d’identifier ce qui initie de tels mouvements.
En prenant l’étymologie « d’écologie » on obtient l’idée d’un ensemble de raisonnements logiques. Ainsi, l’enjeu de « l’écologie de l’esprit » est d’attraper les grands invariants structurels à l’intérieur des différentes disciplines et les faire dialoguer.

Bateson veut ainsi sortir d’un ordre logique pour aller vers un ordre écologique. Le préfixe « éco » a tout son sens dans son acceptation actuelle car Bateson considère que l’humanité a perdu son sentiment d’unité avec la biosphère du fait d’une coupure conceptuelle, et que cela entraine une dénaturation. Ainsi, l’écologie de l’esprit vise à rétablir un dialogue, une harmonie avec l’environnement, un regard « sacré » sur le monde dans lequel les différents éléments ne se succèdent pas mais forment un tout cohérent, supérieur à la somme des parties. L’enjeu de ce regard est de se déployer de la même manière, selon les relations qui elles seules apportent le sens – la hache n’a de sens que dans la relation entre son utilisateur et un objet.

Avec The Social Matrix of Psychatry, Bateson et Ruesch tentent d’inventer une psychiatrie dynamique, fondée sur les processus intrapsychiques et interpersonnels. Le socle de matrice sociale de la psychiatrie est le postulat selon lequel «l’homme psychologique est mort, l’homme social a pris sa place», car les problèmes privés des gens ne sont plus au centre des préoccupations, ce qui vient constituer la psychopathologie d’un être est ce qui l’entoure : menace de la destruction nucléaire, peur de poussées démographiques, spectre de la guerre.

Pour montrer à quel point l’environnement pouvait produire des réalités, une expérience consistant à introduire des patients sains dans un hôpital psychiatrique a été menée. Tous furent l’objet d’un diagnostic de schizophrénie, des erreurs liées à un environnement calquant une réalité sur les individus mais aussi à un manque d’observation, un manque d’attention aux relations qui, résorbé, aurait pu permettre de dévoiler la supercherie – que seuls d’autres patients avaient perçue.

La chimie nous enseigne que tous les phénomènes physiques observés dans l’univers sont le fruit des quatre interactions élémentaires et, en quelque sorte, les théoriciens de Palo expliquent qu’une fois la vie ajoutée à l’équation, le primat de l’interaction persiste. Leur pensée est donc le fruit de la
rencontre entre les disciplines qui étudient le lien organisme-environnement (physiologie, éthologie, écologie), les liens entre les individus (psychiatrie, psychologie, anthropologie, sociologie), et ce qui tient de la gestion, l’organisation des communautés. Palo Alto pense l’interface, et ce n’est vraiment pas un no man’s land.

Pierre Dubilly
Étudiant en Magistère de relations internationales
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Bibliographie

Bateson, Gregory et Jurgen Ruesch. Communication et Société, Paris, Seuil, 1996.
Bateson, Gregory. Une unité sacrée, Quelques pas de plus vers une écologie de l’esprit, Paris, Seuil, 1996.