Le syndrome d’Asperger, ce qu’il dit du sujet

Le syndrome d’Asperger, ce qu’il dit du sujet

Séance du 12 février 2018.

 

Que l’on réfléchisse en termes de troubles envahissants du développement (TED) ou troubles du spectre de l’autisme (TSA), le syndrome d’Asperger est un bouleversement neuro-développemental complexe qui dure toute la vie, apparaissant avant l’âge de 3 ans et dans toutes les sphères du développement de l’enfant.

Il se traduit par des troubles de la communication, des interactions sociales et une répétitivité des comportements qui traduisent à la fois un déficit et une tentative d’ajustement dans la relation au relief sensoriel. C’est en effet dans la relation avec l’environnement que se situe la difficulté ; ce qui peut découler, d’un extrême à l’autre, de la présence survoltée à l’absence interrogatrice d’une sensibilité, d’une attention, ou d’une compétence. Vont également parfois de pair un déficit mental ou moteur, des troubles de la nutrition ou du sommeil.

Les individus présentant le syndrome d’Asperger n’ont pas de retard mental, voire l’inverse, et maîtrisent le langage à l’exception de sa dimension interprétative – une littéralité qui entraîne des difficultés dans les interactions sociales, par exemple dans la compréhension des métaphores, ou de de jeux de mots.

La précocité du diagnostic représente un enjeu considérable afin de pouvoir mettre en place des approches éducatives, comportementales, sensorielles (jeux de rôle, exercices d’adhésivité ou de proprioception, hug box) visant à éviter la mise de côté. Pour les aspies, qui ont donc l’usage de la parole, s’ouvre la possibilité supplémentaire de l’approche psychanalytique qui fait surgir le sujet, ne le réduit pas à la génétique, et peut le conduire à prendre la décision subjective nécessaire à l’intégration dans le monde environnemental.

De la question de l’autisme et du syndrome d’Asperger surgissent de vrais enjeux pour toute la société. D’abord via les familles dont la vie se retrouve bouleversée, mais aussi car certaines des logiques et questionnements qu’on y trouve ont des analogies dans d’autres sujets : le 4e âge, l’acceptation du diagnostic, les rapports de filiation difficiles, et l’intérêt de favoriser l’émergence de patients experts qui peuvent au mieux concilier savoir et préservation de l’ordre social spontané.

Enfin, s’intéresser aux « personnes avec autisme » permet de remettre en question de puissants modèles d’acquisition des connaissances comme le structuralisme génétique, via la démonstration de capacités exceptionnelles très précoces qui parfois disparaissent ensuite. De plus, leur immense souci du détail et leur inclination à la synesthésie indiquent par contraste là où les personnes considérées comme normales manquent peut-être d’attention et de sensibilité. Et, bien sûr, il ne s’agit pas de renverser une échelle mais plutôt, peut-être, de la mettre à l’horizontal en envisageant le principe de neuro-diversité selon lequel neuro-atypiques et neuro-typiques, autistes et non autistes, peuvent travailler à la complémentarité de leurs approches sur de nombreux sujets.

Pour aller plus loin:

Camille Cornu, Habiletés sociales, Flammarion, 2018.

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Ethique du care : la refonte du concept d’autonomie

Ethique du care : la refonte du concept d’autonomie

La notion de care est apparue chez Carol Gilligan pour décrire les critères des choix moraux des femmes, censés être différents de ceux des hommes, dans la mesure où ils relèveraient d’un altruisme plus renforcé, les femmes préférant agir selon des motivations privilégiant la qualité des interactions sociales et non strictement selon une approche formelle des droits et/ou des intérêts.

Dès lors, la question devient aussi celle de la préservation des relations humaines. Le care se présente comme la “capacité de prendre soin d’autrui” (Gilligan, 1982), soit un très large spectre définitionnel allant de l’éthique jurisprudentielle (Éthique à Nicomaque, Aristote) à la notion de care chez Winnicott (1970), définissant la relation, l’attention et la confiance dont le traitement (cure) a besoin pour être le plus opérationnel possible. Dans les années 1990, Joan Tronto fait un pas de plus pour ouvrir la définition du care et la présenter ainsi :

“Activité caractéristique de l’espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible.”

Vivre bien suppose donc de comprendre qu’il n’y a pas les individus indépendants d’un côté et les individus dépendants de l’autre, ou encore les autonomes d’une part et les vulnérables d’autre part, mais que vulnérabilité et autonomie sont entrelacées pour décrire nos vécus d’interdépendance. L’éthique du care n’est plus strictement féminine mais renvoie à la spécificité humaine, à sa capacité primordiale de créer un monde “habitable”, qui, sans cette activité créative et relationnelle, ne le serait nullement. L’analyse de Tronto est également importante pour comprendre comment la société organise l’invisibilité d’une commune dépendance au soin.

La charge du care n’est pas également répartie entre les individus, et les “pourvoyeurs” de care sont souvent déconsidérés. Le care n’est donc pas une prédisposition naturelle, celle des femmes, mais une activité absolument nécessaire pour le bon fonctionnement de la société, par ailleurs totalement dévalorisée pour permettre aux plus dominants socialement de masquer leur interdépendance structurelle.

Bibliographie et vidéos

Carol Gilligan, Une voix différente, Flammarion, 2008.

Joan Tronto, Un monde vulnérable, pour une éthique du care, La Découverte, 2009.

Fiona Robinson, Globalizing care, Ethics, Feminist Theory and International Relations, Westview Press, 1999.

Fabienne Brugère, séminaire Soin et compassion, L’éthique du care.

Sandra Laugier, séminaire Soin et compassion, Le care comme concept transformateur de l’éthique.

Guillaume Leblanc, Vies ordinaires, vies précaires, Seuil, 2007.

Autour de Winnicott, Introduction à la philosophie à l’hôpital, octobre 2016.

Sandra Laugier, L’éthique du care en trois subversions, sur Cairn.info

Dialectique entre autonomie et vulnérabilité

Paul Ricœur, “Autonomie et vulnérabilité“,” in Le Juste 2″, Éditions Esprit, 2001.

Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Point Seuil, 2015.

Kant, Critique de la raison pratique

Kant, Qu’est-ce que les Lumières

 

Agata Zielinski, L’éthique du care, Une nouvelle façon de prendre soin.

Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Seuil, 2014.

Delphine Moreau, “De qui se soucie-t-on. Le care comme perspective politique“, à propos du livre de Joan Tronto, Un monde vulnérable. Pour une politique du care, in Penser à gauche.

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