Judith Butler : La matrice hétérosexuelle et la mélancolie du genre

Judith Butler : La matrice hétérosexuelle et la mélancolie du genre

Bourlez, Fabrice. Queer psychanalyse : Clinique mineure et déconstruction du genre. Paris : Herman Editeur, 2018.
Butler, Judith. Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity. New York : Routledge, 1990. The Psychic Life of Power: Theories in Subjection. Stanford University Press. 1997.
Sedgwick-Kosofsky, Eve. Epistemology of the Closet. Berkley : University of California Press, 1990.

Revenant sur les fondements théoriques de ce que Préciado appelle “l’épistémologie de la différence sexuelle” et “la violence hétéropatriacale et coloniale”, ce troisième cours proposera la lecture de deux textes de la théoricienne du genre Judith Butler à qui Preciado dédie son livre. Plus substantiellement, ce cours étudiera la manière dont Butler analyse ce qu’elle nomme la “matrice hétérosexuelle” dans Trouble dans le genre (1990), et la “mélancolie du genre” dans La Vie psychique du pouvoir (1997). Car Butler, dans le sillage de Derrida et de Luce Irigaray, défend dans ces deux textes majeurs que le structuralisme tel qu’investis par Saussure en linguistique, Levi-Strauss en anthropologie et le premier Lacan en psychanalyse, s’assimile à une réification d’un certain fonctionnement symbolique fondé sur l’idée que les structures sociales forment une totalité close, qui elles-mêmes se fondent sur la préservation de l’identité masculine et de sa signification dans le système. C’est pourquoi, selon Butler, contrairement à ce que ses détracteurs pensent, l’analyse du genre en termes de construction sociale n’est pas moins oppressive que ne l’est l’approche biologique du genre — car elle reproduit, elle aussi, une forme d’universalisme incompatible avec tout type de subversion ou de changement. En ses termes, il faut davantage s’efforcer d’articuler une théorie symbolique du genre à la contingence de son incarnation. Car ce n’est qu’à condition de prendre en compte ce réel singulier que le caractère construit du genre pourra retrouver sa fluidité et se rapporter alors aux multiples façons dont les corps sexués peuvent entrer en contact, subvertir voire se départir des structures symboliques de genre dans lesquelles ils évoluent.