Montaigne, un sujet moderne

Montaigne, un sujet moderne

La technologie permet d’observer le cerveau comme jamais auparavant, mais qu’est-ce que le sujet derrière les diodes ? Qui est-il ? « Un homme mêlé », répond la philosophe Cynthia Fleury citant Montaigne et ses Essais dans cette séance introductive du séminaire Le sujet en psychiatrie du 7 novembre 2017.

Alors que les neurosciences s’invitent en santé mentale, que la boîte noire sous les crânes paraît pouvoir livrer tous ses secrets, les Séminaires de Sainte-Anne, dont voici la séance introductive avec ses deux fondateurs, la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury et Raphaël Gaillard, professeur en psychiatrie et chef de pôle à Sainte-Anne, proposent de s’interroger sur le sujet, ce qui fait l’humain. Premiers pas avec Michel de Montaigne (1533-1592), philosophe et moraliste de la Renaissance, qui marque « l’avènement d’un sujet moderne », explique Cynthia Fleury. Les Essais déroulent une « identité narrative » qui accède à l’universel avec un « je » singulier qui naît d’abord dans la relation intersubjective, qui se construit sur la question de l’humanisme. Être sujet, c’est « avoir conscience du fracas du monde et ne pas produire de ressentiment ».

Montaigne travaille la question du sens, de la signification. Il nous enseigne sur ce qu’est la construction du sujet. Homme moderne, il lutte contre « l’embesognement »: « Les hommes se donnent à louage. Leurs facultés ne sont pas pour eux ; elles sont pour ceux, à qui ils s’asservissent ; leurs locataires sont chez eux, ce ne sont pas eux. Cette humeur commune ne me plaît pas. Il faut ménager la liberté de notre âme, et ne l’hypotéquer qu’aux occasions justes. Lesquelles sont en bien petit nombre, si nous jugeons sainement. » (Livre III, chapitre X) « Je me tiens sur moi. Et communément désire mollement ce que je désire, et désire peu : M’occupe et embesogne de même, rarement et tranquillement. Tout ce qu’ils veulent et conduisent, ils le font de toute leur volonté et véhémence. Il y a tant de mauvais pas, que pour le plus sûr, il faut un peu légèrement et superficiellement couler ce monde : et le glisser, non pas l’enfoncer. La volupté même, est douloureuse en sa profondeur. » (Livre III, chapitre X)

Pas question de s’agiter sous prétexte d’action. Montaigne a besoin de temps à lui, « Je suis tout à moi, » dit-il, non comme un geste égotique mais comme un « soucis de soi permanent ». Il montre le chemin.

 

Pour aller plus loin :

Montaigne, sous la direction de Pierre Magnard et Thierry Gontier, Collection Les Cahiers d’Histoire de la Philosophie, 2010.

Le vocabulaire de Montaigne, Pierre Magnard, Ellipses, 2015.