Ethique du care : la refonte du concept d’autonomie

Ethique du care : la refonte du concept d’autonomie

La notion de care est apparue chez Carol Gilligan pour décrire les critères des choix moraux des femmes, censés être différents de ceux des hommes, dans la mesure où ils relèveraient d’un altruisme plus renforcé, les femmes préférant agir selon des motivations privilégiant la qualité des interactions sociales et non strictement selon une approche formelle des droits et/ou des intérêts.

Dès lors, la question devient aussi celle de la préservation des relations humaines. Le care se présente comme la “capacité de prendre soin d’autrui” (Gilligan, 1982), soit un très large spectre définitionnel allant de l’éthique jurisprudentielle (Éthique à Nicomaque, Aristote) à la notion de care chez Winnicott (1970), définissant la relation, l’attention et la confiance dont le traitement (cure) a besoin pour être le plus opérationnel possible. Dans les années 1990, Joan Tronto fait un pas de plus pour ouvrir la définition du care et la présenter ainsi :

“Activité caractéristique de l’espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible.”

Vivre bien suppose donc de comprendre qu’il n’y a pas les individus indépendants d’un côté et les individus dépendants de l’autre, ou encore les autonomes d’une part et les vulnérables d’autre part, mais que vulnérabilité et autonomie sont entrelacées pour décrire nos vécus d’interdépendance. L’éthique du care n’est plus strictement féminine mais renvoie à la spécificité humaine, à sa capacité primordiale de créer un monde “habitable”, qui, sans cette activité créative et relationnelle, ne le serait nullement. L’analyse de Tronto est également importante pour comprendre comment la société organise l’invisibilité d’une commune dépendance au soin.

La charge du care n’est pas également répartie entre les individus, et les “pourvoyeurs” de care sont souvent déconsidérés. Le care n’est donc pas une prédisposition naturelle, celle des femmes, mais une activité absolument nécessaire pour le bon fonctionnement de la société, par ailleurs totalement dévalorisée pour permettre aux plus dominants socialement de masquer leur interdépendance structurelle.

Bibliographie et vidéos

Carol Gilligan, Une voix différente, Flammarion, 2008.

Joan Tronto, Un monde vulnérable, pour une éthique du care, La Découverte, 2009.

Fiona Robinson, Globalizing care, Ethics, Feminist Theory and International Relations, Westview Press, 1999.

Fabienne Brugère, séminaire Soin et compassion, L’éthique du care.

Sandra Laugier, séminaire Soin et compassion, Le care comme concept transformateur de l’éthique.

Guillaume Leblanc, Vies ordinaires, vies précaires, Seuil, 2007.

Autour de Winnicott, Introduction à la philosophie à l’hôpital, octobre 2016.

Sandra Laugier, L’éthique du care en trois subversions, sur Cairn.info

Dialectique entre autonomie et vulnérabilité

Paul Ricœur, “Autonomie et vulnérabilité“,” in Le Juste 2″, Éditions Esprit, 2001.

Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Point Seuil, 2015.

Kant, Critique de la raison pratique

Kant, Qu’est-ce que les Lumières

 

Agata Zielinski, L’éthique du care, Une nouvelle façon de prendre soin.

Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Seuil, 2014.

Delphine Moreau, “De qui se soucie-t-on. Le care comme perspective politique“, à propos du livre de Joan Tronto, Un monde vulnérable. Pour une politique du care, in Penser à gauche.

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L’aliénation sociale et ses avatars contemporains

L’aliénation sociale et ses avatars contemporains

Qu’est-ce qui, dans la société, fait disparaître le sujet, le rend “autre”, “étranger à lui même” ? Cynthia Fleury analyse le concept d’aliénation sociale et sa dynamique chez Karl Marx avant de décrypter la mécanique de la perte de soi dans l’addiction et le dopage.

Cette conférence des « Séminaires de Saint-Anne » a été donnée le 9 janvier sous le titre “Aliénation sociale et avatars. Ce qu’en disent la philosophie et la psychanalyse”, à l’amphithéâtre Deniker de l’hôpital Sainte-Anne à Paris.

Concepts et bibliographie

(5’11) – Aliénation individuelle, aliénation sociale. D’Hegel à Marx.

Si chez Hegel l’aliénation est un moment essentiel qui vient caractériser la vie de l’esprit, ce moment où le moi se fait autre, objet pour aller au bout de lui-même, chez Marx en revanche, et selon “selon les lois de l’économie” l’objectivation est une “perte de l’objet ou l’asservissement à celui-ci”. Elle est un processus de dépossession qu’il conceptualise dans les Manuscrits de 1844.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Phénoménologie de l’esprit, Gallimard 1993. (première parution en 1807)
ou https://editions.flammarion.com/Catalogue/gf/philosophie/phenomenologie-de-lesprit

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Morceaux choisis, Folio Essais, (Première parution en 1939)

Karl Marx, Manuscrits de 1844, VRIN, 2007.
ou https://editions.flammarion.com/Catalogue/gf/philosophie/manuscrits-de-1844

Georg Simmel, Philosophie de l’argent, PUF, 2014. (première publication 1900)

(40’09) Trois autres définitions de l’aliénation

Richard Sobel, “Exploitation, aliénation et émancipation : Marx et l’expérience moderne du travail”, Savoirs et clinique, vol. 19, no. 2, 2015.

Franck Fischbach. “Activité, Passivité, Aliénation. Une lecture des Manuscrits de 1844”, Actuel Marx, vol. 39, no. 1, 2006.

Stéphane Haber, “Que faut-il reprocher aux Manuscrits de 1844 ?”, Actuel Marx, vol. 39, no. 1, 2006.

Theodor Adorno, Minima Moralia, Petite bibliothèque Payot, 2016.

(1h03’25) L’addiction et le dopage, avatars contemporains de l’aliénation sociale

Cynthia Fleury, Les pathologies de la démocratie, Le livre de poche, 2009.

Valleur, Marc, et Elizabeth Rossé, “Le virtuel et ses avatars“, Enfances & Psy, vol. 55, no. 2.

Isabelle Queval, S’accomplir ou se dépasser. Essai sur le sport contemporain, Éditions Gallimard, collection « Bibliothèque des sciences humaines », 2004.

Isabelle Sorente, Addiction générale, JC Lattès, 2011.

Paul Yonnet, Systèmes des sports, Paris, Gallimard, 1998.

Aller plus loin

Le cours de Cynthia Fleury sur les destins actuels de la rationalité instrumentale.

Richard Sennett, Le travail sans qualité, Albin Michel, 2000.

Yves Clot, Le travail à cœur, Pour en finir avec les risques psychosociaux, La Découverte, 2010.

Lochak, Perte d’emploi, perte de soi, Toulouse, Eres, 2004.

Paugam, La Disqualification sociale, Paris, PUF, 1991 ; Le Salarié de la précarité, Paris, PUF, 1999.

J.-P. Durand, La Chaîne invisible, Paris, Seuil, 2003.

Beaud et M. Pialoux, Retour sur la classe ouvrière, Paris, Fayard, 1999.

Christophe Dejours, Travail vivant, Tome 2, Travail et émancipation, Petite bibliothèque Payot, 2013.

Ch. Dejours, Souffrance en France, Paris, Seuil, 2000.

Axel Honneth, La société du mépris, Vers une nouvelle théorie critique, 2008.

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