Interpréter le langage : autour de la pensée de Hans Georg Gadamer

Interpréter le langage : autour de la pensée de Hans Georg Gadamer

Séance animée par Astrid Chevance et Ioanna Bartsidi

De Schleiermacher et de Dilthey à Heidegger et à Gadamer, l’herméneutique constitue la tâche ouverte du comprendre. Elle prend en charge des formes de vérité qui ne sont pas de l’ordre de la transparence, de l’intuition ou de l’objectivité positive : l’œuvre d’art, les textes du passé que nous livre la tradition, l’expérience historique elle-même. Elle émerge ainsi là où un sens est possible, mais où la saisie immédiate d’une vérité est exclue ; elle apparaît comme nécessaire quand la méconnaissance et la mécompréhension sont des virtualités. Comme l’art « d’éviter le malentendu et le contresens », l’herméneutique se substitue à la démarche scientifique explicative et intervient quand elle n’est plus possible ni pertinente.
Au lieu de proposer une méthode de la vérité, l’herméneutique considère la compréhension ontologiquement, comme phénomène, fait et expérience. Jamais absolu, toujours fragile et provisoire, le sens n’a lieu que quand nous nous confrontons à l’altérité radicale du passé, du texte, de l’Autre. De manière constitutive, la compréhension est exposée ainsi à son échec, à sa relativité, à sa finitude. Comment continuer à interpréter, en mesurant pleinement ces risques ?
Vérité et méthode (1960), l’opus magnum de Hans-Georg Gadamer, entreprend de répondre à cette question. Nous l’explorerons comparativement avec son recueil de conférences intitulé Le problème de la conscience historique (1958) afin d’exposer les grandes lignes de son herméneutique philosophique.

Ioanna Bartsidi est ancienne élève de l’Ecole normale supérieure (Ulm), agrégée de philosophie et doctorante à l’Université de Paris-Nanterre (Sophiapol). Ses recherches portent sur Hegel et le post hégélianisme, ainsi que sur le problème de l’historicité du discours dans l’herméneutique et le post structuralisme.

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Présence du psychanalyste dans le ou la politique, humanisation et socialisation

Présence du psychanalyste dans le ou la politique, humanisation et socialisation

Que puis-je dire de notre monde, de son évolution, de ses avatars, de ses espoirs, à partir de la psychanalyse ? A quelles contraintes la structure du parlêtre nous soumet-elle ? Il faudra distinguer ce qu’exige l’humanisation et la socialisation et prendre la mesure de ce que le modèle néolibéral n’est pas sans effets sur l’humanisation. Mieux – Pire? – encore, il la met en crise et risque de nous entraîner dans une véritable panne de la transmission.

Séance animée par Jean-Pierre Lebrun, psychiatre, psychanalyste, agrégé de l’Enseignement supérieur UC Louvain, directeur de collection chez Erès (collection Humus et Singulier pluriel), auteur de plusieurs ouvrages. Exerce en Belgique (Namur et Bruxelles).

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Ronan Le Reun : les données de santé à l’hôpital

Ronan Le Reun : les données de santé à l’hôpital

A propos de l’article « les métamorphoses numériques de l’hôpital. Le soignant et l’information sans papiers », Ethique et santé (2019) 16, 44-50.

« Il ne faut pas rejeter la technique, il faut la critiquer et la transformer ».

Cette phrase de Bernard Stiegler servira de fil rouge pour déplier ce que nous nommons les métamorphoses numériques de l’hôpital. La numérisation des données de santé reste encore un sujet clivant chez les soignants. Les technophobes et les techno-sceptiques font entendre leur voix pour dénoncer une déshumanisation des soins induite par l’informatisation massive. Un de leurs arguments repose sur une conception de la technique numérique comme une technique de contrôle, plaçant l’objet technique contre l’individu psychosocial. Quant aux technophiles ou techno-enthousiastes, ils s’adaptent à ce déterminisme technique, simple continuum, selon eux dans le soin, de l’évolution de notre société. Mais cette technique est-elle vraiment le reflet d’un progrès, d’une nouvelle démocratie sanitaire ? Comme introduction nous poserons les grandes questions soulevées par l’accélération du virage numérique voulu par le ministère de la Santé. Nous nous appuierons sur un philosophe de la technique, Gilbert Simondon, qui a inspiré la pensée de Bernard Stiegler. Nous en ferons une rapide présentation, car son œuvre nous aide à comprendre la technique, étape indispensable pour pouvoir en faire une critique constructive.

Présenter les métamorphoses numériques, si elles nous permettent de saisir les difficultés que rencontrent les soignants dans leur travail quotidien, c’est mettre à jour les caractéristiques de l’information sans-papiers : sa naissance, sa circulation, son territoire de partage, son identité, en définitive le chemin qui mène vers la connaissance et le savoir, tout en respectant la confidentialité. Mais comment transformer cette évolution pour que le numérique, comme nouvel outil du soignant, soit vraiment au service du soigné ? Nous en débattrons.

Ronan Le Reun est médecin référent numérique en santé à la Fondation John Bost depuis 2019. Il a également été praticien hospitalier, référent médical de l’informatisation du processus de soin au CHRU de Brest et Expert “Hôpital Numérique” à l’Agence Nationale d’Aide à la Performance (ANAP). Il est diplômé de philosophie, d’éthique médicale et hospitalière appliquée, et poursuit un master de science politique.

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Emmanuel Delille – Historiciser la psychiatrie transculturelle

Emmanuel Delille – Historiciser la psychiatrie transculturelle

Séance animée par Astrid Chevance et Emmanuel Delille

Quelles sont les relations entre culture et santé mentale ? Est-ce que la maladie mentale est universelle ou bien les symptômes de troubles mentaux varient-ils selon les groupes sociaux ? Quel est le poids de la médecine coloniale, quelle est l’incidence des indépendances sur la manière dont la folie a été pensée au cours du XXe siècle ? Les pratiques de soin diffèrent-elles dans chaque aire culturelle, au cours de chaque période historique ? Existe-t-il des repères pour établir les étapes de construction de la psychiatrie transculturelle ? Telles sont les grandes questions que l’historien se pose, parmi d’autres, face à ce champ très controversé appelé tour à tour folk psychiatry, psychiatrie exotique, vergleichende Psychiatrie, psychiatrie sociale, cross-cultural psychiatry, ethnopsychiatrie, psychiatrie inter- ou transculturelle, etc. Loin de fournir un récit linéaire, cette présentation abordera un certain nombre d’objets de réflexion comme les communautés scientifiques, lieux de soin, réseaux épistolaires, concepts, corpus, controverses, rapports de domination, orientalisme, ou encore l’étude des échanges entre médecine et sciences sociales. Ainsi, en prenant le contre-pied des récits convenus centrés le plus souvent sur un protagoniste, il s’agira plutôt de décentrer le regard de la littérature spécialisée publiée en France pour penser de manière diachronique différentes sociabilités savantes et médicales, soit au centre, soit à la périphérie de ce champ.

Emmanuel Delille est historien des sciences, chercheur au Centre Marc Bloch (Humboldt Universität, Berlin) et au Centre d’Archives en Philosophie, Histoire et Édition des Sciences (CAPHES, ENS-Paris), enseignant-chercheur au Département d’histoire contemporaine de l’Université de Johannes Gutenberg de Mayence. Il est l’auteur d’une édition critique de l’Ethnopsychiatrie d’Henri Ellenberger (Éditions ENS, 2017) traduite récemment en anglais aux éditions McGill-Queen’s University Press. Avec l’historien australien Ivan Crozier, il a dirigé le numéro spécial du journal History of Psychiatry sur l’histoire de la psychiatrie transculturelle (nº29, vol. 3, 2018). Ses projets de recherche portent actuellement sur l’histoire de l’épidémiologie et sur l’histoire de l’anthropologie médicale.

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Architecture et santé, architecture et soin, architecture et care : hypothèses, esquisse d’un plan de travail

Architecture et santé, architecture et soin, architecture et care : hypothèses, esquisse d’un plan de travail

Un cycle animé par Eric de Thoisy, architecte, docteur en architecture, chercheur associé à la Chaire de philosophie à l’Hôpital, directeur de la recherche de l’agence SCAU.

Peut-on formaliser des relations entre architecture et care ? De quelle(s) nature(s) ces relations seront-elles, et auront-elles quelque opérationnalité ? D’une part pour étudier la place et la qualité des « espaces du soin » dans la cité, et d’autre part pour poser quelques hypothèses en vue d’un renouvellement plus général des méthodologies de l’architecture.

Le care propose une reformulation de l’acte du soin, nouvelle étape d’une histoire des pratiques de santé, et il faudra qualifier cette histoire du point de vue de l’espace, en remarquant alors un double mouvement dont l’ambivalence persiste : entre spécialisation (et formalisation d’une architecture « sanitaire », celle de l’hôpital en particulier) et extension (à la cité entière comme outil thérapeutique, jusqu’aux dérives du soin comme argument de marketing urbain). Quelles limites (matérielles et immatérielles) faut-il reposer aujourd’hui entre l’hôpital et la cité ?

Par ailleurs on observera : la qualité « thérapeutique » d’un espace est souvent liée à des dispositifs d’éloignement et d’enfermement (de non-soin ?) : l’architecture, depuis bien longtemps, sort les vulnérables de la cité (la cité en tant que dispositif optique). Alors que l’un des enjeux du care est celui d’une production de visibilité de l’acte du soin, il va sans dire que l’architecture a un rôle essentiel à jouer.

Cette lecture sera aussi à intégrer dans un questionnement plus large : tout aménagement de l’espace n’est-il pas, au fond, un dispositif médical (prothétique) ? La complicité entre architecture et médecine est claire (les épisodes hygiénistes en sont les meilleures preuves), mais il faudra revenir à d’autres moments de l’histoire tendant à identifier l’architecture à, au contraire, un dispositif de séparation, d’assujettissement (voire de mise à mort) plus que de subjectivation. Que reste-t-il de cette ambivalence dans la cité contemporaine, et qu’en faire ?

On sait enfin que l’hypothèse du care engage des élargissements et des relationnalités nouvelles, en incluant la nature et le vivant dans le prisme des sujets soignés. Le milieu bâti, architecturé, est-il à inclure dans ce même mouvement, est-il également l’objet (ou le sujet) d’un « soin », et de quel type de soin ? Le care est à mettre ici en correspondance avec le champ des réflexions (architecturales entre autres) sur la crise de la modernité, de la nouveauté, de la matérialité. Alors que beaucoup de nos milieux habités (artificiels ou naturels) sont contaminés, « malades », on voudra tester la validité et les limites de l’hypothèse d’un système mutualisé de maintenances, de réparations.

Dernier ouvrage paru : La maison du cyborgApprendre, transmettre, habiter un monde numérique

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Hippocrate et l’expérience de la crise

Hippocrate et l’expérience de la crise

Séance animée par Alain Petit.

Au travers de cette intervention sur Hippocrate et l’expérience de la crise, seront tour à tour abordés : le sens de la crise comme jugement objectif dans le cours d’une maladie, comme manière dont la nature résout une situation dans un corps singulier, l’importance d’une considération du temps qui ne dépend pas de notre détermination propre, l’idée d’un rapport au corps et à la nature qui limite toute velléité de toute-puissance de l’art médical.

Alain Petit est membre du Laboratoire de Recherches sur les Rationalités (Phier, Uca).

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Interpréter les émotions : autour de la pensée de Jean-Paul Sartre

Interpréter les émotions : autour de la pensée de Jean-Paul Sartre

Séance animée par Astrid Chevance et Charlotte Geindre
Charlotte Geindre est doctorante en philosophie et psychologie, et travaille sur l’image de soi sous la direction de Claude Romano, co-direction Paul-Laurent Assoun. Ancienne élève de l’École Normale Supérieure, agrégée de philosophie, ATER à Sorbonne Université, elle est également psychologue clinicienne”

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