Le souci de soi dans la conception antique : Platon, Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle, Plotin. Sous la lumière d’Hadot et de Vernant – 3 mai 2016

Le souci de soi dans la conception antique : Platon, Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle, Plotin. Sous la lumière d’Hadot et de Vernant – 3 mai 2016

Cours du 3 mai 2016 / Cynthia Fleury

Le souci de soi dans la conception antique :
Platon, Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle, Plotin.
Sous la lumière d’Hadot et de Vernant

Le souci de soi est un travail personnel dont la visée est collective, un travail sur soi de décentrement et de détachement entrainant un souci des autres par l’adoption d’une perspective universelle. La conception antique du souci de soi est fortement empreinte de stoïcisme ; Pierre Hadot explique qu’elle consiste en la pratique « d’exercices spirituels ». En s’efforçant de discerner ce qui dépend de soi et ce qui ne dépend pas de soi, on peut accéder à un rapport d’indifférence – au sens propre, ne pas faire la différence – vis-à-vis de tout ce qui est externe. L’objectif est, pour les stoïciens, de ne pas surajouter des passions qui sont le fruit d’un discours intérieur, à ce qui viendrait nous affliger indépendamment de notre volonté. Dans le même ordre d’idée, si retraite il y a, elle doit se faire dans la « citadelle intérieure » car c’est le lieu le plus tranquille ; il faut y voir un autre appel au travail sur soi-même.

On retrouve ce travail sur soi-même chez Foucault qui parle de cercle de soi comme prolongement vers autrui du souci de soi – motivé par l’inscription sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes : « gnothi seauton », « connais-toi toi-même ». Le souci de soi est aussi illustré par une autre locution hellénique, « medèn ágan », invitant elle à la mesure et donc à la connaissance de ses limites, ce que Socrate incarne par le peu d’importance qu’il accorde à son apparence et son désintéressement vis-à-vis des fonctions qu’il aurait pu occuper : ce qu’il veut est inciter les autres au souci de soi qui est une « intensification des relations sociales ». Il peut se faire de deux manières possibles : par l’ascèse (la vérité n’est pas donnée au sujet, il doit se rendre capable de la découvrir) et par l’éros (il faut aimer ceux qui nous incitent à pratiquer le souci de soi et non pas l’oubli de soi).

Sénèque, dans les Lettres à Lucilius, évoque le souci de soi d’abord dans une dimension temporelle : le temps est le premier espace vital et se soucier de soi consiste à se le réapproprier. D’autre part, dans la lettre VI, Sénèque écrit « tu demandes quel progrès j’ai fait ? je commence à être l’ami de moi-même » : se soucier de soi c’est aussi ne plus de faire la guerre, ne pas être dans une visée mégalomaniaque faussement exigeante. Egalement, Sénèque valorise le colloque singulier, la relation du « je » au « tu » afin de se construire. Dans la dimension corporelle, il invite au soin qui ne tombera pas dans l’excès que serait la transformation du corps en tyran dictant tous les comportements. Ultime dimension du souci de soi, Sénèque évoque le suicide : tout d’abord il le condamne comme étant une passion et donc nullement un acte de liberté, mais il esquisse quelques exceptions dans des conditions très particulières en écrivant : « il est inique de vivre de vol, mais voler sa mort est sublime ».

Pierre Dubilly
Etudiant en Magistère de relations internationales
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Références bibliographiques

Hadot, Pierre. Qu’est-ce que la philosophie antique ?Gallimard, 1995.
Foucault, Michel. L’herméneutique du sujet. Seuil, 2001.
Sénèque. Lettres à Lucilius.