PTSD – La clinique de l’avant – Traumatismes et Résilience, Cynthia Fleury

PTSD – La clinique de l’avant – Traumatismes et Résilience, Cynthia Fleury

Cours du 28 février 2017 / Cynthia Fleury

PTSD – La clinique de l’avant – Traumatismes et Résilience

L’expression de « clinique de l’avant » est à comprendre comme celle de l’avant-poste, celle où l’on prend en charge les blessés au plus proche de l’effusion de violence pour éviter l’aggravation de leurs maux, physiques comme psychiques. C’est en effet dans ce cadre qu’ont émergé puis se sont développé les travaux portant sur les conséquences mentales des traumatismes, que ces derniers aient été occasionnés par des actes de guerre ou de terrorisme.

C’est Thomas W. Salmon qui, en posant cinq principes, théorise la psychiatrie de l’avant, au début du XXesiècle. Ils visent à empêcher le renforcement des symptômes par le biais d’un cadre simple, reposant mais n’éclipsant pas totalement la bataille, dans lequel doit être développée la conviction d’une guérison future, opérant dans le prolongement d’une organisation centralisée, animée par une même doctrine et capable de dresser des statistiques.

Louis Crocq, psychiatre, médecin général des armées, a considérablement enrichi les savoirs portant sur les névroses de guerre. Avec Xavier Emmanuelli, il est à l’origine de la création en 1995 des cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP), dont l’objectif est la en prise en charge des victimes confrontées à un événement psycho-traumatisant. Dans ses ouvrages –notamment16 leçons sur le trauma–, il nous relate les grands enseignements de sa carrière.

Ainsi, en référence au principe d’effraction de Freud, on peut définir le trauma comme un phénomène d’ingression que subit le psychisme, de débordement de ses défenses du fait d’une « expérience de néantisation ». L’analyse des traumas permet une certaine typologie : phase immédiate, post-immédiate et différée ; trauma résultant d’un évènement unique (attentat, accident…) ou récurrent (maltraitances physiques, sexuelles, morales répétées) ; trauma direct ou indirect (les parents d’enfants traumatisés ne le sont pas moins). Malgré tout, il subsiste une grande variation d’un sujet à l’autre du fait, notamment, de l’histoire, la culture, et des proches de chacun.

Des questions traversent cette entreprise de defusing, de désamorçage qu’organisent les soignants : était-ce intentionnel ou fortuit ? cela touche-t-il une catégorie de la population en particulier ? cette souffrance pourrait-elle malgré tout servir à éviter celle d’un autre ? La psychiatrie du trauma vise ainsi à constituer un sens, sur le mode de la catharsis, et cela ne manque pas – autre dimension du trauma – d’éclabousser celles et ceux qui la mettent en place. La mission des acteurs du soin va ainsi des traitements psychiatriques et chimiques aux dimensions sociales et juridiques de leur démarche.

S’intéresser à ce travail « de l’avant » dont l’essence est de commencer le plus tôt possible, d’empêcher un effet de cliquet qui mettrait en péril le recouvrement de la victime, met en exergue la notion d’urgence et donc le rapport au temps. Car l’urgence ne se décrète pas, elle est de fait dans la simplicité et la rigueur qu’elle impose – et ce qui prétend l’être n’a que très rarement une importance proportionnelle. L’Ecole de Francfort mène cette critique dans sa description de la rationalité instrumentale et, plus généralement, des auteurs pointent que le travail, dans l’idéologie de la quantification du temps, ne vient plus parfaire notre personnalité mais la gangrener, les individus étant « continuellement sollicités, sur le fil du rasoir, précarisés par une situation d’impermanence ». Sous couvert d’une intensité de soi, se trame en réalité une exigence de rentabilité étendue à l’intime et donc, en somme, une sorte de totalitarisme.

Pierre Dubilly
Etudiant en magistère de relations internationales
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Références bibliographiques :
« Passé, présent et futur des cellules d’urgence médico-psychologique», PSN, vol. 14, no. 2, 2016, pp. 21-38.
Davoine, Françoise, et Jean-Max Gaudillière. Histoire(s) et traumatisme, Stock, 2006.
Crocq, Louis. 16 leçons sur le trauma, Odile Jacob, 2012.
Gachnochi, Georges. « À propos du suivi de quelques traumatisés psychiques après les attentats de l’Hyper Cacheret du Bataclan », Perspectives Psy, vol. vol. 55, no. 4, 2016, pp. 240-245.
Schnyder, Ulrich. « Psychothérapies pour les PTSD – une vue d’ensemble», Psychothérapies, vol. 25, no. 1, 2005, pp. 39-52.
Bouton, Christophe. Le Temps de l’urgence, Le Bord de l’Eau, 2013.
Aubert, Nicole. Le culte de l’urgence – la société malade du temps, Flammarion, 2009.
Rosa, Hartmut. Accélération, La Découverte, 2010.
Sennett, Richard. Les Tyrannies de l’intimité, Seuil, 1995.