Ce séminaire de recherche en est collaboration entre la Chaire de philosophie à l’hôpital du GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences et la DRSI du CHI Créteil.
Les séances ont lieu en présentiel au CNAM de 18h à 19h30.
Les recherches qualitatives désignent une pluralité d’approches et de méthodes qui visent à décrire en
profondeur les phénomènes, en partant de l’expression des personnes concernées, pour comprendre les
situations étudiées (Winance et Fournier dans Kivits et al., 2023). Ces recherches sont de plus en plus
mobilisées par des chercheurs des disciplines médicales ou soignantes, à mesure qu’ils constatent que les données quantitatives seules — qui constituent le “gold-standard” des données en santé — ne sont pas toujours transférables au vécu des personnes, ne prennent pas suffisamment en compte leurs besoins (Kohn et Christiaens, 2014), ou peinent à expliquer leurs résultats. Elles sont utiles pour comprendre les expériences des patients (et soignants) et identifier les enjeux prioritaires de leurs points de vue (Evans, 2002) ; pour expliquer certains phénomènes sociaux qui déterminent la santé ou la maladie ; pour élaborer des recherches (mixtes ou quantitatives) adaptées aux situations concrètes, etc (Kohn et Christiaens, 2014).
Si l’intérêt de ces recherches est à présent bien admis (Pelaccia et Paillé, 2011), leur déploiement pose de nombreuses questions. Du côté des chercheurs issus des SHS, la participation à des recherches dans lesquelles il ne s’agit pas de prendre la santé comme objet— approche classique en SHS¹ — mais d’utiliser des méthodes qualitatives comme outils pour des recherches appliquées induit des exigences parfois difficiles à concilier (contribuer à la production de connaissances valides dans sa discipline tout en répondant aux attentes des patients et/ou des institutions de santé (Bedon et al., 2021)). Du côté des chercheurs issus des disciplines médicales et soignantes, les difficultés tiennent principalement à la méconnaissance des méthodes et outils qualitatifs, ce qui conduit parfois à faire usage impropre du qualitatif (Pelaccia et Paillé, 2012) ou à sous-estimer le travail de problématisation et d’analyse.
Au total, le champ des recherches qualitatives en santé est disparate, et il est difficile pour chacun d’évaluer la qualité des recherches et de s’en approprier les connaissances. Sans réflexion partagée, le risque est que les dissonances cognitives, les difficultés pour analyser les apports des autres disciplines, ou les conflits sur la typologie des données légitimes perdurent. Les questions sont nombreuses : comment collaborer depuis des disciplines différentes pour construire une recherche qualitative de qualité ? Quelles disciplines peuvent / doivent être mobilisées / impliquées dans le développement de ces recherches ? Comment évaluer la scientificité des recherches qualitatives en santé ? Comment établir des critères de scientificité partagés ? Comment s’organiser en pratique ?
Le présent séminaire se veut une contribution à la réflexion sur ces questions au fil d’un dialogue entre
professionnels de santé et chercheurs en sciences humaines et sociales, centré sur les enjeux, attendus,
apports et limites de ces collaborations.
