CM Introduction à la philosophie à l’hôpital – Autour de Roustang – Cynthia Fleury – 15 novembre 2016

CM Introduction à la philosophie à l’hôpital – Autour de Roustang – Cynthia Fleury – 15 novembre 2016

Cours du 15 novembre 2016 / Cynthia Fleury

Autour de Roustang : Plainte, complainte, souffrance. La place de l’hypnose

Le son est de piètre qualité suite à de nombreux problèmes techniques intervenus lors du cours. Nous en sommes sincèrement désolés.

Préférant ne pas se présenter comme hypno-thérapeute, François Roustang se définissait comme éco-thérapeute. Ce faisant, il mettait en valeur l’influence de l’école de Palo Alto sur sa pratique thérapeutique : il s’agit d’une référence à la théorie d’écologie de l’esprit de Gregory Bateson. Roustang partage ainsi, dans son travail, la nécessité d’évoquer l’écosystème dans lequel évolue la personne qui consulte. Un individu a beau être une entité indivisible, on ne peut faire abstraction du contexte dans lequel il se meut. C’est pour cela que le travail du thérapeute consiste notamment à réintégrer progressivement ce qui fait l’existence de la personne mais dont elle n’a pas forcément conscience – la guérison se joue aussi dans ces paramètres.

Roustang explique qu’il a pris cette voie, qu’il s’est éloigné de la psychanalyse pour inclure l’hypnose, après qu’il a été frappé par « la soumission des psychanalystes à Lacan » dans leur répétition des préceptes du maître. On retrouve encore ici l’école de Palo Altoet sa critique des « solutions de type 1 », répétitives et contre-productives. C’est sur la même base que Roustang s’éloigne de la conception freudienne du transfert qui consiste à se souvenir, répéter puis perlaborer : en somme à, par le fait de répéter, dépasser le symptôme. Sa vision du transfert est moins scientifique, moins méthodologique et tient dans la « relation réelle », la relation de confiance qui peut lier un analyste et un patient. Ainsi, selon Roustang, l’analyste est là pour « modifier le système relationnel du patient » et si Freud ne l’a pas présenté comme tel, s’il a « isolé le psychisme du reste du corps et de la vie » afin de l’objectiver, c’était dans le but de réussir à fonder une discipline. En effet, dans un contexte historique fortement marqué par le positivisme, une autre démarche que celle que Freud a adoptée n’aurait pas permis à la psychanalyse d’avoir l’écho qu’elle a eu. Cette critique que fait Roustang porte essentiellement sur le transfert, elle ne l’empêche donc pas d’écrire que l’origine de l’ambition de Freud dont découle sa définition du transfert se situe dans son enfance : une humiliation dont son père avait fait l’objet sans esprit de revanche. Pour Roustang, Freud voulait, par sa réussite, laver l’affront fait à son père avec la même hargne qu’Hannibal a voulu effacer celui fait au sien. Il devait donc tout faire pour réussir, tout faire pour que la psychanalyse puisse être édifiée comme science : donc objectiver une partie du sujet.

L’hypnose est un outil central pour Roustang. Elle s’effectue par la fixation d’un objet jusqu’à ce que cela devienne insupportable, grâce au jeu qui s’opère entre l’objet fixé et la tentative d’occultation – irréalisable – de ce qui l’entoure. L’état d’hypnose auquel l’individu parvient est utile en ce qu’il correspond à un autre système d’inhibition cognitive. De ce fait, le filtrage qui est effectué à chaque instant par le cerveau n’est plus le même et peuvent surgir des choses, potentiellement des solutions, qui seraient inhibées par les déterminismes habituels entrainant douleur et plainte. Roustang explique que l’hypnose permet d’atteindre une veille paradoxale à l’image du sommeil paradoxal mais à la différence qu’à ce moment, ce ne sont pas les rêves qui abondent mais l’imagination qui se déploie. L’imagination est vue comme « pouvoir de l’organisation du monde », « pouvoir architecte » permettant de « transformer les relations avec les êtres et les choses ». D’une certaine manière, on peut résumer en écrivant qu’un état de fonctionnement autre permet de faire advenir des solutions réellement autres venant se substituer à la répétition d’une plainte.

Pierre Dubilly
Etudiant en Magistère de relations internationales
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Références bibliographiques :

Roustang, François. Qu’est-ce que l’hypnose ?Les Editions de Minuit, 1994.
Roustang, François. Un destin si funeste. Les Editions de Minuit, 1977.
Roustang, François. La Fin de la plainte. Odile Jacob, 2000.
Roustang, François et Pierre Babin. Le thérapeute et son patient. L’Aube, 2001.
Roustang, François, Antoine Bioy, et Hervé Sitbon. « L’hypnothérapie en dix questions : les réponses de François Roustang », Perspectives Psy, vol. 44, no. 5, 2005, pp. 378-379.