Thibault Marthouret (Baptiste Vigolo)

« Ces présences invisibles » est une série de capsules audio qui accompagne l’ouvrage hybride Hantise et soin, une (h)anthologie (Éditions Le Bord de l’eau, septembre 2026 ; préface de Mathieu Simonet), qui réunit des textes de soignants, soignantes et de bénévoles du soin, ainsi que ceux de Thibault Marthouret rédigés lors de son Compagnonnage Action culturelle effectué au CHU de Bordeaux en 2024-2025.

Chaque épisode interroge les liens entre création artistique, soin et hantise à travers des entretiens menés par Thibault Marthouret avec des auteurs, autrices, chercheurs, chercheuses, compositeurs et compositrices. Ces capsules donnent également à entendre certains textes de l’anthologie, lus par les soignants, soignantes et bénévoles du soin qui les ont composés et ouvrent un espace d’écoute où se croisent récits, pratiques et imaginaires.

Épisodes :

Invités : Camille Laurens, Loïc Bourdeau
Lectures : Nathalie Diakhaté, Thibault Marthouret

crédit photo : à gauche, Loïc Bourdeau; à droite, Francesca Mantovani pour Gallimard

Dans ce premier épisode, l’écrivaine Camille Laurens évoque Philippe, paru en 1995 aux Éditions P.O.L, un récit intime et bouleversant dans lequel elle revient sur la mort de son enfant, survenue dans un contexte de négligence médicale. Les quatre chapitres du livre — « Souffrir », « Comprendre », « Vivre » et « Écrire » — dessinent un trajet de la douleur à l’écriture.
Loïc Bourdeau, enseignant-chercheur en études francophones et en humanités médicales à l’Université de Maynooth (Irlande), évoque quant à lui la place du fantôme dans la médecine narrative. Son livre le plus récent, Des mots qui touchent (paru en 2026 aux Éditions Le Bord de l’eau), préfacé par Camille Laurens, explore les pratiques du soin en obstétrique et en gynécologie à travers la médecine narrative, en insistant sur l’importance des récits, des voix et des émotions dans la relation de soin.
Nathalie Diakhaté est infirmière-puéricultrice au CHU de Bordeaux. Elle a contribué à l’ouvrage collectif Hôpital sensible (Éditions Le Bord de l’eau, 2024), coordonné par Eduardo Berti. Dans cette capsule, elle lit son texte « Un jaune d’œuf », extrait de Hantise et soin, une (h)anthologie (Éditions Le Bord de l’eau, septembre 2026).

Invité : Patrick Autréaux
Lecture : Mériem Sinaceur

crédit photo : Marianne Dauphin

Ce second épisode est centré sur Patrick Autréaux, écrivain dont le parcours articule médecine, psychiatrie, anthropologie et littérature. Après avoir exercé comme psychiatre aux urgences, Patrick Autréaux a décidé de se consacrer entièrement à l’écriture à la suite d’un événement biographique majeur : un cancer diagnostiqué à l’âge adulte. Cette irruption de la maladie a transformé radicalement son rapport au soin et au langage.
L’entretien explore la notion de “fantôme”, centrale dans l’œuvre de l’auteur, même s’il s’agit moins ici d’entités surnaturelles que de poussées inconscientes : traces familiales, deuils, héritages psychiques non élaborés qui influencent silencieusement les gestes et les choix.
Ancrées dans des lieux précis (chambres, centres de rétention, espaces liminaux), les « présences invisibles », notamment celles de ses romans Les Irréguliers (Gallimard, 2015) et Pussyboy (Verdier, 2021), surgissent à la croisée des mémoires. L’écriture, loin de les effacer, leur donne corps.
Cet épisode se clôt sur une autre voix du soin et de la médecine narrative, celle de Mériem Sinaceur qui lit son texte « Leur monument » sur lequel s’ouvre l’anthologie Hantise et soin (Éditions Le Bord de l’eau, 2026). Ses mots donnent une résonance collective à la question des « présences invisibles », en évoquant les soignantes et soignants disparus ou fragilisés par l’hôpital, en leur érigeant symboliquement un monument poétique.
Mériem Sinaceur est médecin anesthésiste de formation. Diplômée de la première promotion de DU de médecine narrative de Bordeaux, elle anime depuis 2022 des ateliers de médecine narrative destinés aux soignantes et soignants. Elle participe au développement et à l’essor de cette discipline auprès des professionnels et professionnelles de santé, et co-préside l’Association francophone de médecine narrative.

Invité : Patrick Autréaux
Lectures : Vasiliki Kondylaki et Natividad Garrido-Rodríguez

crédit photo : Marianne Dauphin

Dans cet épisode, Patrick Autréaux revient sur la place de la maladie et de la hantise dans son œuvre, depuis le triptyque autobiographique formé par Dans la vallée des larmes (Gallimard, 2009), Soigner (Verdier, 2010) et Survivre (Verdier, 2010), jusqu’au cycle autobiographique inauguré avec La Sainte de la famille (Verdier, janvier 2023). Il évoque l’annonce du cancer et la sensation de basculer dans un état de sidération où le sujet devient lui-même « fantomatique » et décrit ce moment comme une rupture radicale de la temporalité ordinaire : le/la malade, mais aussi les proches et parfois les soignantes et soignants, semblent passer « sur un autre plan d’existence ».
L’échange revient également sur plusieurs motifs majeurs de son œuvre : la convalescence comme état de séparation du monde, la porosité entre mémoire et présent, ou encore la figure du fantôme comme métaphore des existences déplacées par la maladie.
L’épisode s’ouvre sur une lecture en grec de Vasiliki Kondilaki de son propre texte, “Αν πεθάνω σήμερα…” / « Si je meurs aujourd’hui… » et se clôt par une lecture en espagnol de « Consgine n°2 » par son autrice, Natividad Garrido-Rodríguez. Tous deux sont extraits de l’ouvrage hybride Hantise et soin (Éditions Le Bord de l’eau, 2026).
Vasiliki Kondylaki est docteure en lettres de l’université de Lausanne et chercheuse postdoctorale à l’université Bordeaux Montaigne (unité plurielles), au sein de la chaire Médecine narrative – hospitalité en santé. Ses recherches se situent à l’intersection de la littérature grecque antique et des humanités en santé. Elle développe actuellement un projet d’ateliers de médecine narrative consacré aux représentations de la douleur et de la souffrance à partir de textes grecs antiques.
Natividad Garrido Rodriguez est professeure de philosophie à l’université de La Laguna (Tenerife). Ses recherches portent sur le perspectivisme, l’éthique, la littérature et la médecine narrative.

Invitée : Laure Gauthier
Lecture : Maria Torrent Catania

crédit photo : Éléonore Wallet, www.eleonorewallet.com

Dans cet épisode, la poétesse, romancière et universitaire Laure Gauthier explore les liens entre hantise, mémoire, altérité et création poétique. À partir de plusieurs de ses ouvrages, notamment Les corps caverneux (Lanskine, 2022), Je neige (entre les mots de Villon) (Lanskine, 2018) et Mélusine reloaded (Corti, 2024), elle revient sur ce qu’elle nomme les « zones de turbulence » de l’écriture : ces espaces liminaux où les langues, les époques, les formes et les voix se rencontrent et se transforment.
L’entretien interroge la figure du fantôme, non comme simple revenant, mais comme présence persistante des absentes et des absents, des textes oubliés, des voix marginalisées et des « impensés » du passé. Laure Gauthier évoque son intérêt pour les archives, le Moyen Âge, François Villon, Antonin Artaud ou encore la légende de Mélusine, autant de figures qu’elle réactive pour les mettre en dialogue avec les préoccupations contemporaines. Elle réfléchit également au corps spectral au théâtre, à la représentation de l’absence sur scène et à la manière dont la poésie peut rendre audibles certaines présences enfouies.
L’échange aborde enfin le rôle fondamental de la musique dans son travail, la poésie comme espace d’hospitalité pour les hantises individuelles et collectives, ainsi que la nécessité de préserver des lieux intérieurs de silence et d’écoute dans une société du trop-plein.
L’épisode s’ouvre sur une lecture par Laure Gauthier d’un extrait de son livre de poésie Les corps caverneux (Lanskine, 2021) consacré à une quête des traces d’Antonin Artaud à Rodez. Il se clôt par une lecture de « Plume » de Maria Torrent Catania, auxiliaire puéricultrice en maternité depuis 26 ans. Son texte, consacré au deuil périnatal et aux présences invisibles qui accompagnent le soin, est extrait de l’ouvrage hybride Hantise et soin (Éditions Le Bord de l’eau, 2026).

Invitée : Laure Gauthier
Lecture : Marie Gaudou

crédit photo : Éléonore Wallet, www.eleonorewallet.com

Dans ce second épisode, Laure Gauthier poursuit sa réflexion sur les rapports entre langage, corps, temps et création. Elle revient sur la nécessité de préserver, au sein de l’écriture, des espaces de silence, de respiration et de lenteur capables de résister à l’accélération contemporaine. Elle évoque l’importance du blanc, de la césure et des contre-rythmes, ainsi que sa méfiance envers les répétitions trop faciles, pour défendre une langue qui laisse résonner le monde plutôt qu’elle ne le recouvre.
L’entretien explore également le « devenir fantôme » : la manière dont les individus peuvent être progressivement dépossédés de leur singularité par les logiques néolibérales, la normalisation des langages, la prolifération des acronymes, l’évaluation permanente ou encore l’effacement des complexités de la langue. Face à ces formes de dé-subjectivation, elle défend la poésie comme un espace de résistance, où chacun peut retrouver une langue propre, préserver son altérité et demeurer vivant dans son rapport aux autres.
L’échange revient sur la place du corps dans son parcours d’écriture. Laure Gauthier évoque une maladie auto-immune et explique comment cette expérience de la fragilité a nourri une réflexion sur la lamentation, l’écoute et la joie de vivre. L’écriture peut devenir un geste d’« oxygénation » du réel, une manière de rendre souffle à ce qui risque de disparaître, qu’il s’agisse de figures oubliées, de récits figés par les représentations ou de parts invisibles de l’expérience humaine.
Enfin, les liens entre poésie, soin et psychiatrie sont évoqués. Laure Gauthier réfléchit à la proximité entre création poétique et travail psychique, à l’importance d’accueillir les fragilités sans les réduire à des normes, et à la capacité de la littérature à ouvrir des lieux d’hospitalité pour les existences blessées. À travers son intérêt pour les archives, les légendes, les figures médiévales ou les voix marginalisées, elle affirme une même volonté : préserver ce qui menace de s’éteindre et maintenir vivantes les présences invisibles qui traversent les langues, les corps et les mémoires.
L’épisode se clôt par une lecture du texte de Marie Gaudou, « Mythologie de couloir », issu de l’ouvrage hybride Hantise et soin (Éditions Le Bord de l’eau, 2026), par son autrice. Marie Gaudou est Médiatrice Santé Paire en pédopsychiatrie.

Épisode à venir

Invité : Jean-Sébastien Noël
Lecture : Cécile Bartholome, Pierre Boyer et Claire Mestre

Crédit photo : Lolita Lacôte

Crédit photo : Lolita Lacôte

Dans cet épisode, l’historien, compositeur et maître de conférences Jean-Sébastien Noël propose une réflexion sur la hantise mobilisant deux des champs qui marquent son parcours : l’histoire et la création musicale. À travers son travail consacré aux mémoires sonores du génocide des Juifs d’Europe, aux musiciens ashkénazes et aux archives musicales du XXᵉ siècle, il interroge la manière dont les historiens composent avec les silences, les absences et les traces incomplètes. L’entretien revient notamment sur la notion de « moment spectral », développée par l’historienne Caroline Callard, ainsi que sur la nécessité de construire une juste distance face aux objets d’étude les plus sensibles, sans renoncer à l’émotion qu’ils suscitent.
L’échange explore également les liens entre mémoire, musique et disparition. Jean-Sébastien Noël évoque son intérêt pour des compositeurs tels que Luigi Nono ou Béla Bartók, ainsi que pour la poésie de Paul Celan, dont un vers a donné son titre à la thèse qu’il a consacrée aux rapports entre musique, mort et mémoire chez les compositeurs juifs ashkénazes : Le silence s’essouffle (PUN – Éditions Universitaires de Lorraine, 2016). Il réfléchit aux limites de l’archive historique, à ce que les silences documentaires disent encore des disparus, et à la manière dont le travail de l’historien consiste moins à combler les absences qu’à rendre perceptibles les zones d’ombre qui traversent toute connaissance du passé.
L’entretien aborde enfin sa pratique de compositeur et la création de l’habillage sonore original de la série de podcasts « Ces présences invisibles ». Il revient sur le dialogue entre composition assistée par ordinateur et réécriture de matériaux musicaux anciens, notamment autour de la mélodie traditionnelle « The Last Rose of Summer » qui irrigue plusieurs des pièces composées pour le projet. Il montre ainsi comment la musique peut devenir un espace où les présences disparues continuent de se faire entendre.
Jean-Sébastien Noël souligne enfin les résonances entre le travail de l’historien et celui des soignantes et des soignants. Sans prétendre réparer les blessures du passé, la recherche historique peut, selon lui, contribuer à remettre en lumière des existences oubliées, à rendre visibles des expériences longtemps demeurées dans l’ombre et à ouvrir un espace de compréhension où mémoire, création et transmission se rejoignent.
L’épisode s’ouvre sur une lecture par Pierre Boyer de son texte « La hantise de l’urgentiste », extrait de l’ouvrage hybride Hantise et soin (Éditions Le Bord de l’eau, 2026). Pierre Boyer a été médecin urgentiste pendant vingt ans. Il exerce aujourd’hui comme généraliste dans un centre de santé et anime des ateliers de médecine narrative en Périgord.
Enfin, c’est sur trois lectures de textes issus du même ouvrage que s’achève l’épisode : « L’empreinte glacée d’un regard » de Cécile Bartholome, infirmière depuis près de trente ans en médecine gériatrique et en soins palliatifs qui dirige actuellement un institut de formation paramédicale ; « Premier cri » de Claire Mestre, psychiatre-psychothérapeute et anthropologue responsable de la consultation transculturelle au CHU de Bordeaux, puis « En bord de hantise » de Thibault Marthouret, consacré au geste d’accompagner l’écriture des soignantes, des soignants et des bénévoles du soin lors des ateliers du projet « Ces présences invisibles : hantise et soin ».

Épisode à venir

crédit photo : Thibault Marthouret

Les partenaires du projet « Ces présences invisibles : hantise et soin » :

  • la Région Nouvelle-Aquitaine
  • la Direction régionale des affaires culturelles Nouvelle-Aquitaine
  • le Centre national du livre (CNL)
  • ALCA, l’Agence Livre Cinéma et Audiovisuel de Nouvelle-Aquitaine
  • le Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux
  • la Chaire Médecine narrative, Hospitalité en santé
  • la Fondation Bordeaux Université
  • l’Université de Bordeaux
  • la Chaire de Philosophie à l’Hôpital
  • l’EPSMD de l’Aisne