Guérir ou s’améliorer : quelle est la santé du sport ?

Vous êtes ici :

Lors de son émergence moderne au XIXe siècle, le sport suscite d’abord la méfiance des médecins, qui lui préfèrent la gymnastique hygiéniste. Longtemps accusé de nuire à la santé, il ne sera accepté que sous conditions, et d’abord comme simple moyen au service de cette fin médicale qu’est la santé, les pratiques compétitives restant largement tenues à l’écart de cet objectif. Après la Seconde Guerre mondiale, les finalités s’inversent : c’est désormais la médecine qui se met au service du sport, cherchant à produire un corps performant (physiologie, biomécanique), puis une âme efficace (psychologie, préparation mentale). Le sport s’inscrit ainsi, dès ses origines, dans une ambivalence constitutive que résume bien la question posée par Isabelle Quéval : s’accomplir ou se dépasser ? Cette tension recoupe celle qui traverse la médecine elle-même, tiraillée entre une vocation thérapeutique et une tentation améliorative. Mais cette distinction va-t-elle vraiment de soi ? Canguilhem l’avait montré : la frontière entre le normal et le pathologique est hésitante, et la santé, en tant que normativité, ne se réduit pas à la simple normalité. Le sport moderne oblige à les penser à nouveaux frais.

Cette conférence a été donnée le 28 mai 2026 par Raphaël Verchère, professeur agrégé de philosophie, docteur en philosophie, chercheur en éthique du sport.

Consulter le support de la séance :