L’objet a, le katapugon et l’acte analytique : la charnière — Lacan (Séminaire X, Séminaire XV), Allouch, Spillers
Objectif psychanalytique. Entrer dans l’appareil de l’objet a (Séminaire X) : l’image, la chose et le vide des trois séances précédentes s’y rassemblent en un seul objet, que Lacan écrit d’une lettre — et qui, du spéculaire tenu à distance, passe au-dedans et se met à agir : il regarde, parle, force. Miller nomme cet objet « jouissance normale », partielle, acéphale : description formellement exacte, mais qui perd le champ de forces — le même objet morcelé peut être la coupure qu’un sujet subit ou celle qu’il inflige à un autre, et rien dans le formalisme ne les distingue.
Question critique. Ce que la lecture formelle laisse tomber, l’érotologie d’Allouch le retrouve dans le katapugon : le corps qui prend la part pénétrée, où l’organe ne garantit aucune maîtrise et où le corps assume l’objet a même qui cède de lui. « Il n’y a pas de maître du sexe, ni sexe du maître. » Nul maître ne peut être un katapugon — non que ce soit interdit, mais parce que c’est ce qu’il forclôt pour tenir comme sujet : la maîtrise est d’abord défense contre la place d’objet. Mais l’impersonnalité que révèle le katapugon coupe des deux côtés : elle peut être assumée (l’érotologie queer y dénoue l’identité) ou retournée en arme, lorsque l’autre n’est plus que la chose par où je jouis. Le partage se rejoue, un cran plus bas : l’objet acéphale est le lot de tous, mais qui l’assume comme cession et qui y est réduit comme chose ne l’est pas — et le formalisme qui nomme cet objet « normal » est justement ce qui masque la répartition.
Dialogues érotologiques. Ici l’année bascule. Face au « sujet équipé » — branché par l’application, la molécule, la plateforme sur un circuit qui n’a plus à passer par l’autre, signataire faustien contemporain —, l’acte analytique dessine la signature inverse : l’analyste choit à la place de l’objet et refuse de le boucler sur un autre corps. C’est là que se lit, dans la cure, l’opposition du savoir de / pour la jouissance : l’appareil traduit, il résout la lettre opaque de la jouissance en un signe lisible et livrable, le gémissement sans reste ; l’acte translittère, il tient la lettre et laisse le reste debout au lieu de le convertir en sens. Première forme rigoureuse de la signature non-faustienne. Et la chair captive de Spillers impose la distinction que toute la suite portera : entre une perte qu’un sujet peut assumer (la cession) et une dépossession subie avant même qu’il y ait un sujet pour assumer quoi que ce soit.
Repères. Lacan, L’angoisse (Séminaire X), L’acte psychanalytique (Séminaire XV) ; Jean Allouch, Le sexe du maître, Une érotologie de passage, Lettre pour lettre ; Hortense Spillers, « Mama’s Baby, Papa’s Maybe » ; en appui : Leo Bersani, « Is the Rectum a Grave ? » ; Tim Dean, Beyond Sexuality.
