Qu’est-ce que la jouissance ? La méthode des paradigmes, la carte des deux années — Freud, Lacan, Miller, Allouch
Objectif psychanalytique. Deux choses à poser d’emblée : ce qu’est la jouissance, et comment la lire. D’abord, la jouissance. Elle n’est pas le plaisir. Le plaisir tend vers l’apaisement ; la jouissance, elle, est la part de la satisfaction qui franchit ce seuil, se répète, et peut coïncider avec la souffrance. Elle tient à la pulsion, et c’est elle que Freud vise sous le malaise dans la culture. Ensuite, la méthode. Lacan ne donne pas de la jouissance une définition unique, mais une succession de figures : les six paradigmes qu’a dégagés Miller, ici portés à sept, de l’image du miroir au sinthome. Chacun oriente la lecture, mais aucun ne l’épuise ; c’est pourquoi on les lira de façon pas-tout millérienne. Car le schéma laisse toujours de côté ce que l’érotologie d’Allouch restitue : le corps, la force, l’histoire concrète d’une jouissance.
Question critique. À chaque paradigme s’ajoute une question. Non pas seulement comment la jouissance se constitue, mais qui occupe quelle place à son égard : qui est du côté de celui qui jouit, qui du côté de celui qui paie. Cette question n’est pas ornementale. Car un concept qu’on tient pour un universel neutre reconduit, sans le dire, le partage historique de la jouissance. Le lire par les places différentielles renverse alors la perspective : le partage cesse d’être un dehors accidentel du concept pour en devenir une dimension interne. C’est ce renversement que la première séance établira sur l’imaginaire, et que les suivantes reprendront d’un cran à chaque fois.
Dialogues érotologiques. Les deux années parcourent ces sept paradigmes, et à chacun se répète le même geste. On y suit d’abord le pacte : la satisfaction garantie qu’un sujet s’assure en reportant le coût sur un autre corps. On y retrouve ensuite l’érotologie qui le refuse, jusqu’à la signature non-faustienne. La première année constitue l’objet — image, signifiant, Chose, objet a — et y relève, à chaque étage, un partage inégal. La seconde porte l’érotologie sur les terrains où la jouissance se gère aujourd’hui : l’économie, le corps et la loi, le nouage. Une question, enfin, est réservée à la séance de clôture : ce pacte peut-il être refusé, et à quelle échelle ?
Repères. F. Baitinger, Jouissance and Its Discontents (introduction) ; Freud, Le malaise dans la culture ; Lacan, sur la jouissance, des Séminaires VII à XXIII ; Jacques-Alain Miller, « Les six paradigmes de la jouissance » ; Jean Allouch (l’érotologie) ; en exergue, l’Ecclésiaste et le Faust de Goethe.
