Introduction à la bioéthique – 12 mars 2018

Introduction à la bioéthique – 12 mars 2018

Nous avons vu précédemment que la bioéthique n’était pas « une éthique au premier degré », c’est à dire qu’elle n’est pas simplement un ensemble de principes dont l’application permettrait de résoudre des problèmes où la vie est en jeu. Elle correspond davantage à une dialectique entre deux ordres de contradictions posées par l’émergence de nouvelles techniques biomédicales.

Ainsi, le premier ensemble de contradictions est doctrinal ou culturel, c’est-à-dire que la bioéthique constitue un cadre, une arène fraternelle pour traiter des oppositions résultant du débat démocratique entre différentes éthiques légitimement invoquées face à des questions nouvellement suscitées par la technique, et relevant par exemple, in fine,du choix de mourir ou non, du sens de la vie, ou de ce que l’on considère comme pire que la mort.

Le deuxième ensemble de contradictions est relationnel, du fait de l’ancrage du médical dans les relations humaines. En effet, des divergences peuvent surgir dans la médecine car, bien que cette dernière soit a priori intégralement éthique, elle peut aussi induire des rapports de domination voire une forme de violence. Plus qu’une opposition entre le bien et le mal, il s’agit de la rencontre de deux éthiques absolues : celle du médecin qui doit soigner, et celle du patient qui a sa liberté.

Pour comprendre ces contradictions internes, ces « médiations sur le chemin du soin ou de la bienveillance », il est nécessaire de s’intéresser à la préhistoire de la bioéthique. Comme vu précédemment, le serment d’Hippocrate constitue en quelque sorte le premier texte de bioéthique car il impose au médecin de ne pas révéler ce à quoi il assiste dans la maison du patient, base du respect de la personne. Le code de Nuremberg, datant de 1947, est un autre jalon de la bioéthique. En effet, il dénonce fondamentalement la démarche dans laquelle, se prévalant d’œuvrer à la recherche médicale, les médecins nazis commettaient des crimes abominables. Le code de Nuremberg établit ainsi que « le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel » dans toute la démarche d’expérimentation : nature, durée, méthodes, risques encourus, conséquences possibles… Dans cette même logique, le rapport Belmont pose en 1979 les trois principes de base de la bioéthique vus précédemment.

Les contradictions relationnelles viennent des différents avis fournis quant aux nouveautés dans les relations humaines que la technique engendre. Pour encadrer ces relations, on utilise notamment la notion de don car c’est la seule technique de transfert qui ne dépend que de l’intention de celui qui donne et de sa subjectivité, permettant de ne pas créer de relation de pouvoir, de ne pas trahir la nature de l’objet (une partie du corps humain ne peut être vendue), ou encore de ne pas mélanger les relations (la personne qui donne ses gamètes est un donneur, un géniteur, mais pas un parent).

Ainsi, la notion de don vient résoudre une contradiction éthique d’ordre relationnel, mais elle fait apparaitre à son tour des contradictions d’ordre doctrinal : le don est-il purement altruiste ou est-il aussi un geste d’amour ? Faut-il le voir malgré tout comme une relation d’échange appelant un contre-don ? A nouveau, nous voyons le fondement dialectique de la bioéthique, entre deux ordres de contradictions, culturel et relationnel.

Pierre Dubilly
Étudiant en Magistère de relations internationales
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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Introduction à la bioéthique – 5 mars 2018

Introduction à la bioéthique – 5 mars 2018

La bioéthique est une notion parfois difficile à aborder et qui peut malheureusement sembler floue. S’y intéresser nécessite la mobilisation d’éléments scientifiques, historiques, juridiques mais aussi politiques. Le dynamisme de la matière vient en outre du fait que des techniques apparaissent et que les éthiques, les mœurs évoluent.

Une éthique désigne un ensemble de principes qui permettent de justifier des choix quand plusieurs possibilités se présentent, c’est une modalité inévitable de la décision, la plupart du temps implicite. En tout premier lieu, la bioéthique désigne alors les problèmes éthiques soulevés par les techniques biomédicales, car le développement de ces dernières nous oblige à nous représenter de façon explicite les cultures sous-jacentes aux éthiques que nous mobilisons, à les confronter puis décider. Dans le fond, il s’agit d’évoquer notre vision « des dimensions ultimes de la vie humaine », de dire d’après quelles valeurs nos faisons ces choix.

On peut prendre deux exemples très éloignés, la fécondation in vitro, ou l’éradication d’une espèce animale pour éviter des maladies, mais elles n’en renvoient pas moins à des « doctrines compréhensives de la vie », des ensembles symboliques qui varient d’un individu à l’autre et qui soutiennent des choses non moins essentielles que nos conceptions des interactions entre les hommes et les femmes, les enfants et leurs parents, le lien entre la vie et la mort, ou encore celui entre les hommes et les animaux…

Un des socles de la bioéthique est le Rapport Belmont de 1978. Il pose trois grands principes : celui d’autonomie de la personne avec laquelle on fait de la recherche médicale, celui de bienfaisance, et celui de justice. Il y a d’ailleurs une immense place pour la justice dans la bioéthique – « qui doit recueillir les avantages de la recherche et qui doit en porter le fardeau » ? – et réciproquement, comme avec la question du corps. En droit français, le corps humain n’est pas une propriété, pas un bien marchand et ses produits non plus ; organes, sang, gamètes : seul le don est envisageable. La question de ce que l’on est libre de faire avec son corps se pose aussi pour des sujets récents ou anciens, et aux ressorts biens différents : prostitution, gestation pour autrui…

Mais, au-delà de cette organisation de la tolérance démocratique et de l’établissement d’une norme, le véritable objet de la bioéthique correspond aux contradictions entre les acteurs de la vie humaine dans la médecine elle-même, qui est une démarche éthique, celle de la lutte contre la souffrance et la mort. Aujourd’hui, il peut y avoir des contradictions à l’intérieur du soin et à l’intérieur des relations dans la médecine, par exemple quand le point de vue du médecin se heurte au refus du malade, sa liberté, son autonomie. Ainsi, la bioéthique ne consiste pas seulement à traiter les contradictions entre les éthiques, mais aussi à traiter les contradictions entre les êtres humains dans une même situation éthique.

Pierre Dubilly
Étudiant en Magistère de relations internationales
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Références bibliographiques :
Hirsch, Emmanuel. Traité de bioéthique. I – Fondements, principes, repères. ERES, 2010
Hottois, Gilbert. Qu’est-ce que la bioéthique ?Vrin, 2004

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